Madrid Gijón Madrid du 18 au 22 août 2026 par Frédéric Perman

Publié le

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1247km 12064m de D+

Faire con­fi­ance à sa bonne étoile!

Mise en con­texte:

Madrid Gijon Madrid (MGM) fait par­tie des qua­tre 1200 du grand chelem en Europe avec PBP, LEL, et Miglia en Ital­ie.

J’avais déjà par­ticipé à cette épreuve en 2018, mais j’avais du aban­don­né dû à un strep­to­coque mal soigné quelques jours avant le départ. Durant l’épreuve, je ne pou­vais rien avaler et cela m’a entrainé vers mon retrait. Donc j’avais à finir mon his­toire avec MGM, pré­maturé­ment.

En juil­let, j’ai eu du mal à bien récupér­er de mon Alpi 4000 effec­tué en juin. De plus des travaux à la mai­son ont favorisé par la pous­sière le retour de mes rhinites vaso­motri­ces. J’avais prévu 2000 km en juil­let et un focus sur mon poids et mon som­meil…. C’était raté. J’ai fait 1300 km et je n’ai pas fait de sor­ties au-delà de 240 km. Mais bon à quelques repris­es lorsque cela allait bien, je voy­ais au fur et à mesure que tout reve­nait à la nor­male. Je pos­i­ti­vais en me dis­ant que finir l’Alpi 4000, il n’y avait aucune rai­son que cela se passe mal pour MGM….. J’avais rai­son

L’avant course :

Nous par­tons le 14 aout afin de favoris­er 3 nuits de som­meil avant le départ qui aura lieu le 18 aout à 20 heures.

J’utilise le même vélo avec la même cas­sette et les mêmes roues Cori­ma que pour l’Alpi 4000. Ma chaine est neuve, mes pneus sont ceux util­isés pour l’Alpi donc 1300 km. Le 15 aout, dès notre arrivée, nous par­tons faire du tourisme à Madrid, là-bas, nous rejoignons Gaby A qui lui aus­si par­ticipe à l’évènement. Nous nous retrou­vons à la Plaza May­or en plein cen­tre de Madrid. Le 16, je fais une petite sor­tie d’une ving­taine de km afin de m’assurer que tout est ok avec ma mon­ture, encore un peu de tourisme à Madrid et autour dans des vil­lages pit­toresques et nous voila le 18 et la date du départ. Nous arrivons 1h30 avant le départ, il fait très chaud, j’ai opté pour la sécu­rité au niveau hydrata­tion, je sais que la pre­mière étape fait 166 km et qu’il n’y a presque pas la pos­si­bil­ité de se rav­i­tailler en eau ou autres durant ce pre­mier tronçon. Le camel back est donc de retour auquel vient s’ajouter 2 gros bidons. J’ai pris soin d’avoir assez de bouffe aus­si avec des gels caféine pour lut­ter con­tre le som­meil. J’ai aus­si avec moi des pilule ‘’wake up’’ en cas ou la lutte con­tre le som­meil deviendrait trop dif­fi­cile à lut­ter. J’essaye à chaque fois réduire totale­ment la prob­a­bil­ité de faire face à un obsta­cle qui pour­rait être maitrisé.

Le ciel est tout bleu et la tem­péra­ture au départ est de …. 36 degrés. Il est 20 heures….

Jour 1 : 18 ‑19 aout 2026

544 kms : 24.5 km heure, 22h12 de vélo. Temps écoulé 24h50

Le vent est nul ou favor­able puis durant la journée de face, la tem­péra­ture mon­tera à 42 degrés durant la journée du 19.

Le départ se fait nor­male­ment, mais…de suite en sor­tant de Tor­re­la­gu­na (ville du départ), je m’aperçois que mon wahoo bouge, je com­prends le sup­port se desserre ou qu’il n’ a pas été suff­isam­ment ser­ré. Je com­mence à pani­quer, je ne peux pas me per­me­t­tre de per­dre mon wahoo ain­si que lampe frontale attachée sur le même sup­port, 3 km ont été par­cou­rus pas plus. Pas le choix, je dois m’arrêter et resser­rer le sup­port, le tout est entrain chavir­er….

Mais ai-je emporté la petite clé Allen, ? Dans ma tête oui. Mais je sais que je n’ai pas apporté mon mul­ti Tool…Erreur….

Rapi­de­ment j’ouvre mon sac arrière et je sors mon sac main­te­nance et pas de clé. Mon salut passe par une aide extérieure…GABY en let­tre majus­cule devient mon sauveur, il arrive, je l’arrête, et il me sauve la mise, j’ai déjà per­du une vis, je resserre fer­me­ment la deux­ième, le tout a l’air d’être super bien sécurisé, je remer­cie mon ange ‑gar­di­en et je repars….

Je repars bien, le stress est passé et mes jambes tour­nent super bien. Je me décide à pouss­er ma machine, le pro­fil est idéal pour combler des écarts. Je ne prévois pas rouler seul, mais je ne souhaite pas non plus être dans un groupe qui avance à un rythme dif­férent du mien et dans ces cas, rouler seul est tou­jours la meilleure façon d’être ‘’bien accom­pa­g­né’’.

Je reprends du monde, et je passe de groupe en groupe, le soleil se couche déjà et il fait chaud, durant cette pre­mière étape,166km avec 1943 m de D+, je passe mon camel back et 2 gros bidons et je finis au con­trôle à sec, la gorge s’assèche très rapi­de­ment avec cet air au taux d’humidité très faible (autour de 25%).

J’arrive au pre­mier con­trôle, et seul 2 cyclistes sont là et prêts à repar­tir, un comité d’accueil on ne peut plus restreint…. Rien ….. juste faire étam­per sa carte de con­trôle et rem­plir ses bidons en eau… Rien à manger stricte­ment rien …. De toute façon, j’ai assez de bar­res et autres gels pour faire face à la demande de mon organ­isme, mais bon, un repas après 166 km est plus appré­cié que de s’enfiler des bar­res énergé­tiques… Je ne reste pas longtemps , je repars, une étape de 82 km avec peu de dénivelé, et là au con­trôle, presque un fes­tin. Et évidem­ment je me rat­trape, l’accueil est aus­si beau­coup plus chaleureux que lors du pre­mier con­trôle, le jour se lève autour des 7h00 et tout va bien pour moi, je suis seul mais. Tout va bien. Prochaine étape Fromista, sans grosse dif­fi­culté puis direc­tion nord et le vent devient en fin de mat­inée fort défa­vor­able, la vitesse ralen­tit tout en longeant le par­cours des pèlerins qui par­tent de Madrid pour aller à St Jacques de Com­postelle.

Le relief devient moins facile et je dois m’activer pour faire face au vent. La chaleur est là, mais elle ne m’incommode pas… au loin appa­rais­sent déjà les mon­tagnes des Asturies, je m’arrête manger quelque chose et je passe un bon moment à partager avec le serveur l’ambiance qu’il a pu y avoir après la finale gag­nante de l’Espagne durant la coupe du monde Soc­cer.

Les Asturies ….Mon coup de cœur…

Situés au nord de l’Espagne, les Asturies offrent une mer­veille pour les yeux, un régal. On entre dans des gorges escarpées ou on se demande ou cela va nous men­er. C’est sauvage et l’empreinte de l’homme est qua­si­ment inex­is­tante. Le pro­fil devient plus exigeant sans plus. Arrive Can­gas De Onis, il fait encore jour, il est 20h40, j’avais prévu d’aller jusqu’au 600 ‑ème km, mais ma tête me dit : Assez…

Jour 2 : 20 aout

391 km; 21.2 km heure, durée du déplace­ment: 18h25 Temps écoulé : 22h40

Un bon dodo suit une douche et un bon repas, tout est ok. Il est prévu de la pluie le lende­main. Ma mon­tre Fit­bit me dit 3h57 de som­meil avec seule­ment 7 mn de som­meil pro­fond. Je me lève, il est 2h03 et je repars à 3h19. Tout est ok, les jambes tour­nent bien, il ne pleut pas encore et il fait 15 degrés, c’est con­fort­able. Il me reste 83 km pour rejoin­dre Gijon, la moitié du par­cours. La pluie débute autour des 6 heures, et avec encore la nuit, la sen­sa­tion de froid devient évi­dente. J’arrive à Gijon autour des 7 h00 et je demande à aller au dor­toir pour aller dormir un peu et surtout me réchauf­fer. Avec la fatigue, le corps devient, du moins pour moi, beau­coup plus sen­si­ble au froid et je suis gelé…Je repars il est 9h00 sec et plein de bonne dis­po­si­tion.

Direc­tion retour sur Can­gas De Onis…un aller et retour en somme ou j’arrive à 11 h30, 15 mn d’arrêt et je repars pour retra­vers­er le mas­sif des Asturies (Parc Nation­al des pics d’Europe). La pluie s’arrête puis reprend de plus belle dans une longue mon­tée de 18 km à 4.6% de moyenne, je prends mon temps.

Soudaine­ment, j’entends un bruit en arrière et je sens bien que quelque chose ne va pas bien, je con­tin­ue de pédaler mais le bruit cir­cu­laire con­tin­ue sa parade, je descend que je m’aperçois qu’un ray­on de la roue arrière est brisée, la roue tourne mais elle est totale­ment voilée….. elle touche presque le cadre du vélo, juste 1 mm sépare le pneu du cadre. Il me reste 500 km et la roue peut en tout temps con­tin­uer de s’abimer, les rayons restants doivent com­penser pour le ray­on brisé. Je crains qu’un autre ray­on se brise et qu’alors la roue se bloque sur le cadre…. Avec une chute assurée.

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Plein de choses se passent dans ma tête, avant de pren­dre une mau­vaise déci­sion, pas le choix de con­tin­uer d’avancer. Il n’y a rien ici pour m’aider… la Pam­pa….

Au détour d’un vil­lage dans un restau­rant, j’aperçois un con­cur­rent que j’avais déjà croisé à quelques repris­es sur la route. Je m’arrête immé­di­ate­ment et lui demande si il peut m’aider, il sort sa clé à ray­on pour remar­quer alors que mes rayons cori­ma sont internes et qu’il faut un matériel adap­té à ses roues pour ajuster les rayons. Je repars, je com­mence à dés­espér­er, la pluie redou­ble d’ardeur, je n’ai pas fini la mon­tée et je suis inqui­et de la descente qui vient, la tem­péra­ture descend à 10 degrés. Quel beau cock­tail, la roue tient , je prends un risque con­sciem­ment dans la descente sous la pluie et je sais que des mag­a­sins de vélos sont exis­tants plus bas dans la val­lée, cela devient une option, mais je dois arriv­er avant la fer­me­ture et aucune garantie qu’ils aient le matériel néces­saire pour répar­er.

Dans ces moments-là, il est nor­mal de pani­quer, dans mon cas, je crois tou­jours que quelque chose va sur­gir de nulle part pour met­tre en évi­dence la solu­tion à suiv­re. Je suis tran­sis de froid, je suis inqui­et et je crains même de chuter en tout temps. Je m’accroche à ma pen­sée que le vent va tourn­er de direc­tion et me don­ner la solu­tion à suiv­re. Déjà la pluie s’arrête, appa­rait au loin un mag­nifique ciel bleu et au détour d’un virage en bas de la longue descente, un …Hôtel… La déci­sion est prise, j’abandonne, j’appelle Cather­ine pour qu’elle puisse venir me chercher, je ne veux pas pren­dre de risque et finale­ment je veux retrou­ver un min­i­mum de con­fort que j’ai per­du avec le froid, les efforts et la pluie.

Et par­fois les dieux du vélo nous ori­en­tent vers tou­jours un autre défi à faire face et là je dois chercher les ressources men­tales pour ne pas être dés­espér­er.

J’arrive à la récep­tion de l’hôtel et je demande une cham­bre…… et l’Hôtel est com­plet. Quoi, je me dis com­plet, mais de suite, je me dis que la bonne étoile est de mon coté et que ma des­tinée est de ne pas aban­don­ner et de pour­suiv­re, je m’accroche alors à cette pen­sée qui me fait totale­ment oubli­er les idées néga­tives du récent passé. Après un café et après avoir chang­er de vête­ment, je repars sous un ciel bleu, focucé à pour­suiv­re ma route et à croire en ma bonne étoile. J’arrive à Fromista après une crevai­son vers 1h00 le matin, à 2h00. 391 km de fait. Bien con­tent d’avoir fait face à une adver­sité qui m’a bien mal­mené, le défi a été de taille, mais main­tenant le men­tal devient d’acier, je suis très con­fi­ant et très con­cen­tré sur la prochaine et dernière journée. Au contrôle…rien à manger juste un choco­lat qui devait être chaud mais le micro-onde a ren­du son âme.

Jour 3 :

306 km, 21.8 km par heure, durée du déplace­ment 14h05, temps écoulé :19h03

Quelques heures de som­meil et je repars à 7h01, il fait 12 degrés, il me reste 306 km à faire. Le ven­tre est vide, …tou­jours rien à manger dans ce con­trôle, il me reste quelques bar­res. Tout est ok, la roue tient et le bon­homme …aus­si.

Au prochain con­trôle, c’est le fes­tin tout est super bien organ­isé, je refais le plein d’énergie et je repars. En après-midi, je m’arrête faire un micro-sieste, je sens de suite ces bien­faits. la chaleur revient max­i­mum 35 degrés, mais je la trou­ve sup­port­able, les paysages alter­nent entre des vig­no­bles, arbres fruitiers et des endroits arides ou quelques arbustes sub­sis­tent.

C’est agréable et les val­lées lon­gent sou­vent des riv­ières aboutis­sant à de très beaux vil­lages. Arrive un autre con­trôle à Ayl­lon, un autre fes­tin avec un bon ham­burg­er-frite… ca me man­quait.

Retour sur du relief et de longues mon­tées à tra­vers un paysage presque déser­tique, je tra­vers aus­si des places ou les incendies de forêt ont sévi un peu plus tôt cet été.

Dernier con­trôle avant l’arrivée et je retrou­ve le cycliste Japon­ais avec qui j’avais plusieurs repris­es croisé ma route, il nous reste un peu plus de 60 km, il me partage son passé de cycliste pro avec une équipe Belge au milieu des années 2000 ou il a par­ticipé à plusieurs repris­es à des clas­siques de renom tel que le tour des Flan­dres ou Liège Bas­togne Liège. Il me lâche il m’attend et nous finis­sons ensem­ble. Il est presque minu­it. Cather­ine et Gaby sont là. Je suis super con­tent. J’ai cru en moi, fait face à une adver­sité qui a presque eu le dessus et j’ai sur­passé l’obstacle. J’ai le sen­ti­ment que cette expéri­ence m’a ren­for­cée. Mais je dois admet­tre qu’une par­tie d’inconscience a bien été prise et que j’ai pris un risque, était il mesuré ou non, pour moi dif­fi­cile de répon­dre…. Mais j’ai gag­né au final et j’ai cru en ma bonne étoile.

Je finis en 8 ‑ème posi­tion de mon 26 ème 1200 ou plus ter­miné, bien con­tent de cette belle expéri­ence en Espagne. Je dois aus­si recon­naitre que faire face à des con­trôles ou il n’y a rien à manger n’est cer­taine­ment pas atten­du et cela est quand même regret­table. Mal­gré cela, je suis prêt à re-sign­er pour une autre expéri­ence dans le futur avec MGM.

Me reste un autre objec­tif à effectuer le 9 sep­tem­bre avec Water­falls 1200 dans l’état de New York. A suiv­re….