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1247km 12064m de D+
Faire confiance à sa bonne étoile!
Mise en contexte:
Madrid Gijon Madrid (MGM) fait partie des quatre 1200 du grand chelem en Europe avec PBP, LEL, et Miglia en Italie.
J’avais déjà participé à cette épreuve en 2018, mais j’avais du abandonné dû à un streptocoque mal soigné quelques jours avant le départ. Durant l’épreuve, je ne pouvais rien avaler et cela m’a entrainé vers mon retrait. Donc j’avais à finir mon histoire avec MGM, prématurément.
En juillet, j’ai eu du mal à bien récupérer de mon Alpi 4000 effectué en juin. De plus des travaux à la maison ont favorisé par la poussière le retour de mes rhinites vasomotrices. J’avais prévu 2000 km en juillet et un focus sur mon poids et mon sommeil…. C’était raté. J’ai fait 1300 km et je n’ai pas fait de sorties au-delà de 240 km. Mais bon à quelques reprises lorsque cela allait bien, je voyais au fur et à mesure que tout revenait à la normale. Je positivais en me disant que finir l’Alpi 4000, il n’y avait aucune raison que cela se passe mal pour MGM….. J’avais raison
L’avant course :
Nous partons le 14 aout afin de favoriser 3 nuits de sommeil avant le départ qui aura lieu le 18 aout à 20 heures.
J’utilise le même vélo avec la même cassette et les mêmes roues Corima que pour l’Alpi 4000. Ma chaine est neuve, mes pneus sont ceux utilisés pour l’Alpi donc 1300 km. Le 15 aout, dès notre arrivée, nous partons faire du tourisme à Madrid, là-bas, nous rejoignons Gaby A qui lui aussi participe à l’évènement. Nous nous retrouvons à la Plaza Mayor en plein centre de Madrid. Le 16, je fais une petite sortie d’une vingtaine de km afin de m’assurer que tout est ok avec ma monture, encore un peu de tourisme à Madrid et autour dans des villages pittoresques et nous voila le 18 et la date du départ. Nous arrivons 1h30 avant le départ, il fait très chaud, j’ai opté pour la sécurité au niveau hydratation, je sais que la première étape fait 166 km et qu’il n’y a presque pas la possibilité de se ravitailler en eau ou autres durant ce premier tronçon. Le camel back est donc de retour auquel vient s’ajouter 2 gros bidons. J’ai pris soin d’avoir assez de bouffe aussi avec des gels caféine pour lutter contre le sommeil. J’ai aussi avec moi des pilule ‘’wake up’’ en cas ou la lutte contre le sommeil deviendrait trop difficile à lutter. J’essaye à chaque fois réduire totalement la probabilité de faire face à un obstacle qui pourrait être maitrisé.
Le ciel est tout bleu et la température au départ est de …. 36 degrés. Il est 20 heures….

Jour 1 : 18 ‑19 aout 2026
544 kms : 24.5 km heure, 22h12 de vélo. Temps écoulé 24h50
Le vent est nul ou favorable puis durant la journée de face, la température montera à 42 degrés durant la journée du 19.

Le départ se fait normalement, mais…de suite en sortant de Torrelaguna (ville du départ), je m’aperçois que mon wahoo bouge, je comprends le support se desserre ou qu’il n’ a pas été suffisamment serré. Je commence à paniquer, je ne peux pas me permettre de perdre mon wahoo ainsi que lampe frontale attachée sur le même support, 3 km ont été parcourus pas plus. Pas le choix, je dois m’arrêter et resserrer le support, le tout est entrain chavirer….
Mais ai-je emporté la petite clé Allen, ? Dans ma tête oui. Mais je sais que je n’ai pas apporté mon multi Tool…Erreur….
Rapidement j’ouvre mon sac arrière et je sors mon sac maintenance et pas de clé. Mon salut passe par une aide extérieure…GABY en lettre majuscule devient mon sauveur, il arrive, je l’arrête, et il me sauve la mise, j’ai déjà perdu une vis, je resserre fermement la deuxième, le tout a l’air d’être super bien sécurisé, je remercie mon ange ‑gardien et je repars….
Je repars bien, le stress est passé et mes jambes tournent super bien. Je me décide à pousser ma machine, le profil est idéal pour combler des écarts. Je ne prévois pas rouler seul, mais je ne souhaite pas non plus être dans un groupe qui avance à un rythme différent du mien et dans ces cas, rouler seul est toujours la meilleure façon d’être ‘’bien accompagné’’.
Je reprends du monde, et je passe de groupe en groupe, le soleil se couche déjà et il fait chaud, durant cette première étape,166km avec 1943 m de D+, je passe mon camel back et 2 gros bidons et je finis au contrôle à sec, la gorge s’assèche très rapidement avec cet air au taux d’humidité très faible (autour de 25%).
J’arrive au premier contrôle, et seul 2 cyclistes sont là et prêts à repartir, un comité d’accueil on ne peut plus restreint…. Rien ….. juste faire étamper sa carte de contrôle et remplir ses bidons en eau… Rien à manger strictement rien …. De toute façon, j’ai assez de barres et autres gels pour faire face à la demande de mon organisme, mais bon, un repas après 166 km est plus apprécié que de s’enfiler des barres énergétiques… Je ne reste pas longtemps , je repars, une étape de 82 km avec peu de dénivelé, et là au contrôle, presque un festin. Et évidemment je me rattrape, l’accueil est aussi beaucoup plus chaleureux que lors du premier contrôle, le jour se lève autour des 7h00 et tout va bien pour moi, je suis seul mais. Tout va bien. Prochaine étape Fromista, sans grosse difficulté puis direction nord et le vent devient en fin de matinée fort défavorable, la vitesse ralentit tout en longeant le parcours des pèlerins qui partent de Madrid pour aller à St Jacques de Compostelle.

Le relief devient moins facile et je dois m’activer pour faire face au vent. La chaleur est là, mais elle ne m’incommode pas… au loin apparaissent déjà les montagnes des Asturies, je m’arrête manger quelque chose et je passe un bon moment à partager avec le serveur l’ambiance qu’il a pu y avoir après la finale gagnante de l’Espagne durant la coupe du monde Soccer.

Les Asturies ….Mon coup de cœur…
Situés au nord de l’Espagne, les Asturies offrent une merveille pour les yeux, un régal. On entre dans des gorges escarpées ou on se demande ou cela va nous mener. C’est sauvage et l’empreinte de l’homme est quasiment inexistante. Le profil devient plus exigeant sans plus. Arrive Cangas De Onis, il fait encore jour, il est 20h40, j’avais prévu d’aller jusqu’au 600 ‑ème km, mais ma tête me dit : Assez…


Jour 2 : 20 aout
391 km; 21.2 km heure, durée du déplacement: 18h25 Temps écoulé : 22h40
Un bon dodo suit une douche et un bon repas, tout est ok. Il est prévu de la pluie le lendemain. Ma montre Fitbit me dit 3h57 de sommeil avec seulement 7 mn de sommeil profond. Je me lève, il est 2h03 et je repars à 3h19. Tout est ok, les jambes tournent bien, il ne pleut pas encore et il fait 15 degrés, c’est confortable. Il me reste 83 km pour rejoindre Gijon, la moitié du parcours. La pluie débute autour des 6 heures, et avec encore la nuit, la sensation de froid devient évidente. J’arrive à Gijon autour des 7 h00 et je demande à aller au dortoir pour aller dormir un peu et surtout me réchauffer. Avec la fatigue, le corps devient, du moins pour moi, beaucoup plus sensible au froid et je suis gelé…Je repars il est 9h00 sec et plein de bonne disposition.

Direction retour sur Cangas De Onis…un aller et retour en somme ou j’arrive à 11 h30, 15 mn d’arrêt et je repars pour retraverser le massif des Asturies (Parc National des pics d’Europe). La pluie s’arrête puis reprend de plus belle dans une longue montée de 18 km à 4.6% de moyenne, je prends mon temps.
Soudainement, j’entends un bruit en arrière et je sens bien que quelque chose ne va pas bien, je continue de pédaler mais le bruit circulaire continue sa parade, je descend que je m’aperçois qu’un rayon de la roue arrière est brisée, la roue tourne mais elle est totalement voilée….. elle touche presque le cadre du vélo, juste 1 mm sépare le pneu du cadre. Il me reste 500 km et la roue peut en tout temps continuer de s’abimer, les rayons restants doivent compenser pour le rayon brisé. Je crains qu’un autre rayon se brise et qu’alors la roue se bloque sur le cadre…. Avec une chute assurée.
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Plein de choses se passent dans ma tête, avant de prendre une mauvaise décision, pas le choix de continuer d’avancer. Il n’y a rien ici pour m’aider… la Pampa….
Au détour d’un village dans un restaurant, j’aperçois un concurrent que j’avais déjà croisé à quelques reprises sur la route. Je m’arrête immédiatement et lui demande si il peut m’aider, il sort sa clé à rayon pour remarquer alors que mes rayons corima sont internes et qu’il faut un matériel adapté à ses roues pour ajuster les rayons. Je repars, je commence à désespérer, la pluie redouble d’ardeur, je n’ai pas fini la montée et je suis inquiet de la descente qui vient, la température descend à 10 degrés. Quel beau cocktail, la roue tient , je prends un risque consciemment dans la descente sous la pluie et je sais que des magasins de vélos sont existants plus bas dans la vallée, cela devient une option, mais je dois arriver avant la fermeture et aucune garantie qu’ils aient le matériel nécessaire pour réparer.
Dans ces moments-là, il est normal de paniquer, dans mon cas, je crois toujours que quelque chose va surgir de nulle part pour mettre en évidence la solution à suivre. Je suis transis de froid, je suis inquiet et je crains même de chuter en tout temps. Je m’accroche à ma pensée que le vent va tourner de direction et me donner la solution à suivre. Déjà la pluie s’arrête, apparait au loin un magnifique ciel bleu et au détour d’un virage en bas de la longue descente, un …Hôtel… La décision est prise, j’abandonne, j’appelle Catherine pour qu’elle puisse venir me chercher, je ne veux pas prendre de risque et finalement je veux retrouver un minimum de confort que j’ai perdu avec le froid, les efforts et la pluie.
Et parfois les dieux du vélo nous orientent vers toujours un autre défi à faire face et là je dois chercher les ressources mentales pour ne pas être désespérer.
J’arrive à la réception de l’hôtel et je demande une chambre…… et l’Hôtel est complet. Quoi, je me dis complet, mais de suite, je me dis que la bonne étoile est de mon coté et que ma destinée est de ne pas abandonner et de poursuivre, je m’accroche alors à cette pensée qui me fait totalement oublier les idées négatives du récent passé. Après un café et après avoir changer de vêtement, je repars sous un ciel bleu, focucé à poursuivre ma route et à croire en ma bonne étoile. J’arrive à Fromista après une crevaison vers 1h00 le matin, à 2h00. 391 km de fait. Bien content d’avoir fait face à une adversité qui m’a bien malmené, le défi a été de taille, mais maintenant le mental devient d’acier, je suis très confiant et très concentré sur la prochaine et dernière journée. Au contrôle…rien à manger juste un chocolat qui devait être chaud mais le micro-onde a rendu son âme.

Jour 3 :
306 km, 21.8 km par heure, durée du déplacement 14h05, temps écoulé :19h03
Quelques heures de sommeil et je repars à 7h01, il fait 12 degrés, il me reste 306 km à faire. Le ventre est vide, …toujours rien à manger dans ce contrôle, il me reste quelques barres. Tout est ok, la roue tient et le bonhomme …aussi.
Au prochain contrôle, c’est le festin tout est super bien organisé, je refais le plein d’énergie et je repars. En après-midi, je m’arrête faire un micro-sieste, je sens de suite ces bienfaits. la chaleur revient maximum 35 degrés, mais je la trouve supportable, les paysages alternent entre des vignobles, arbres fruitiers et des endroits arides ou quelques arbustes subsistent.


C’est agréable et les vallées longent souvent des rivières aboutissant à de très beaux villages. Arrive un autre contrôle à Ayllon, un autre festin avec un bon hamburger-frite… ca me manquait.


Retour sur du relief et de longues montées à travers un paysage presque désertique, je travers aussi des places ou les incendies de forêt ont sévi un peu plus tôt cet été.

Dernier contrôle avant l’arrivée et je retrouve le cycliste Japonais avec qui j’avais plusieurs reprises croisé ma route, il nous reste un peu plus de 60 km, il me partage son passé de cycliste pro avec une équipe Belge au milieu des années 2000 ou il a participé à plusieurs reprises à des classiques de renom tel que le tour des Flandres ou Liège Bastogne Liège. Il me lâche il m’attend et nous finissons ensemble. Il est presque minuit. Catherine et Gaby sont là. Je suis super content. J’ai cru en moi, fait face à une adversité qui a presque eu le dessus et j’ai surpassé l’obstacle. J’ai le sentiment que cette expérience m’a renforcée. Mais je dois admettre qu’une partie d’inconscience a bien été prise et que j’ai pris un risque, était il mesuré ou non, pour moi difficile de répondre…. Mais j’ai gagné au final et j’ai cru en ma bonne étoile.
Je finis en 8 ‑ème position de mon 26 ème 1200 ou plus terminé, bien content de cette belle expérience en Espagne. Je dois aussi reconnaitre que faire face à des contrôles ou il n’y a rien à manger n’est certainement pas attendu et cela est quand même regrettable. Malgré cela, je suis prêt à re-signer pour une autre expérience dans le futur avec MGM.
Me reste un autre objectif à effectuer le 9 septembre avec Waterfalls 1200 dans l’état de New York. A suivre….


