L’Alpi 4000 du 20–26 juin 2026 par Frédéric Perman

Publié le


L’Alpi 4000 : 20–26 juin 2026

https://www.alpi4000.it/en

https://ridewithgps.com/routes/55167613

Préam­bule :

Il s’agit de la troisième édi­tion après celle de 2018 et 2022. Et depuis l’édition ini­tial, je cares­sais l’espoir de pou­voir y par­ticiper, les cols ital­iens m’ont tou­jours char­mé et je rêvais d’y faire face. Je dois aus­si révéler que l’enjeu physique me fai­sait douter de mes capac­ités d’y fig­ur­er et de finir l’épreuve. En effet celle-ci me fai­sait peur et je pense qu’il y a de quoi… 1310 km et 22 649 m de D+ …. Il y a de quoi effray­er. Pour moi, par­ticiper à cette épreuve représente le graal de toutes mes par­tic­i­pa­tions à date.

Pré­pa­ra­tion :

Pour moi 2026 représente une année de rédemp­tion après mes déboires d’aout 2024 à aout 2025 ou j’ai passé 19 jours à l’hôpital dont 9 en Ital­ie avec une sep­ticémie à la clé. J’ai passé un hiv­er calme à me répar­er de mes deux com­mo­tions cérébrales de 2025 en suiv­ant des thérapies spé­ci­fiques la dessus. J’ai fait comme habituelle­ment beau­coup de ren­force­ment et de gainage à par­tir du 1 novem­bre et pass­er directe­ment du vélo extérieur au vélo intérieur. En jan­vi­er j’ai débuté un pro­gramme spé­ci­fique avec Train­er road, 5 jours semaines, le tout agré­men­té de ski de fond, de raque­tte et fat bike. Je suis donc resté très act­if. Ma FTP mon­tera à 272 watt en mars. Mon poids a été bien con­trôlé cette année, beau­coup mieux que les autres années. Mes rhinites vaso­motri­ces de début de print­emps ont été aus­si bien con­trôlé, beau­coup mieux que les autres années. Seul l’enjeu du som­meil demeure, depuis la pre­mière com­mo­tion en Ital­ie, en aout 2024, je n’ai jamais retrou­vé un som­meil quan­ti­tatif et qual­i­tatif comme aupar­a­vant.

Je débute la sai­son extérieure le 9 et 10 mars avant de débuter directe­ment par un 1200 en Floride : le Gold­en Fal­con. Tout va bien là-bas, même si ce 1200 est qua­si plat, il demande d’être tou­jours en prise de béné­fi­ciant jamais de récupéra­tion. De plus le vent dur­cie l’effort.

En ren­trant, je par­ticipe à plusieurs 200 ou le vent apporte un ingré­di­ent intéres­sant à ma pré­pa­ra­tion print­anière. En mai, je fais la flèche avec mes amis et je prends un bon plaisir à pass­er ces 24 heures ensem­bles. Fin mai deux­ième étage de la fusée, après le Gold­en Fal­con, je par­ticipe au 1200 Bat­tle Fields en Vir­ginie, idéal avec son pro­fil très val­lon­né pour pré­par­er idéale­ment l’Alpi 4000.

Néan­moins, mal­gré une bonne pre­mière journée, mon men­tal n’est pas assez fort pour faire face à des con­di­tions cli­ma­tiques très dif­fi­ciles, de la pluie sans arrêt pen­dant les 3 pre­mières journées et des tem­péra­tures qui descen­dront à 8 degrés. Seule­ment 3 cyclistes finiront la total­ité des 4 journées.

Tou­jours une remise en ques­tion d’éléments moins posi­tifs donne l’occasion de révis­er ses apri­oris, de s’ajuster et d’accepter la défaite pour s’appuyer sur les prochaines vic­toires, les défaites font tou­jours par­ties des vic­toires, on ne peut gag­n­er sans par­fois faire face à une défaite.

Alors je me con­cen­tre sur mes paramètres tels que le rythme car­diaque au repos, la vari­a­tion de ma fréquence car­diaque afin d’arriver frais le 20 juin, je prends soin de respecter les deux semaines d’affutage avec l’évènement, je réduis con­sid­érable­ment le vol­ume tout en con­tin­u­ant de stim­uler le corps par des inter­valles à haute inten­sité. Par ex, je fais un séjour à White face ou je monte et remonte par­tielle­ment la mon­tagne afin de trou­ver un bon rythme de pédalage en mon­tagne, je fais un autre exer­ci­ce en accu­mu­lant les mon­tées autour de Rigaud afin de per­me­t­tre au corps de s’habituer à la suc­ces­sion de mon­tée et de tra­vailler sur de la récupéra­tion incom­plète entre chaque effort. Nous par­tons le 17 juin, nous rejoignons à l’aéroport Marc B, Olivi­er C, et Michel L. Nous prenons tous le même avion pour Milan. La bonne ambiance règne.

A l’arrivée en Ital­ie, nos amis pren­nent directe­ment le chemin de Bormio ou se déroulera le départ et aus­si l’arrivée. De notre côté Moi et Cather­ine nous nous diri­geons vers Bres­cia à 1h30 de Milan ou nous avons nos habi­tudes à chaque fois que nous allons dans ce beau pays, le lende­main, nous rejoignons nos acolytes à Bormio, nous décou­vrons alors les belles mon­tagnes qui seront notre décor pour l’’ensemble de notre séjour là-bas.

De suite, nous déci­dons de décou­vrir les alen­tours en vélo, juste une petite sor­tie de 35 km , tout va bien, le lende­main, nous faisons l’enregistrement et nous sommes bien prêts pour le grand départ du 20 juin entre 7h00 et 8h00 par vague de 25. Nous serons 400 au départ, des cyclistes de partout, je retrou­ve de veilles con­nais­sances de cyclistes ayant déjà partager les mêmes aven­tures que moi. C’est fab­uleux.

Le par­cours

On part de Bormio, on se dirige de suite vers le nord ouest , direc­tion la Suisse pour une pre­mière étape dif­fi­cile de 57 km et 2059 de D+ qui nous mène en haut du col de Bern­i­na. Par la suite descente sur St Moritz en Suisse et direc­tion le lac de Come, le con­trôle se trou­ve après une mon­tée abrupte de 9 km, Nous pour­suiv­ons vers Milan que nous tra­ver­sons, direc­tion Gor­gonzo­la, patrie du célèbre fro­mage. . On remonte vers Bergame, le long du lac Iseo pour se réap­pro­prier de nou­veau les hautes mon­tagne nous menant aux cols de Viv­ione et du célèbre Mor­tiro­lo, retour sur Bormio qui finalise la pre­mière boucle de 580 km et 9143 m de D+. la deux­ième boucle débute fort par le col du Gavia (plus de 25 km de mon­tée à plus de 2600 m) puis le col du Tonale, on se dirige vers l’est direc­tion Tren­to puis le sud pour l’entrée dans les Dolomites (Pat­ri­moine Mon­di­al de l’Unesco) remon­tée sur Corti­na et le Tyrol ou la langue ger­manique est prin­ci­pale ( anci­enne région con­trôlée par les Autrichiens) , 3 gros cols dans les Dolomites au-dessus de 2000 m. On s’approche de la fron­tière Autrichi­enne pour vir­er vers l’ouest et finir le par­cours par le célèbre Stelvio, 2758 mètres et ses 24 km d’ascensions, le toit du par­cours, et on finit par sa descente sur Bormio. Un par­cours de rêve, des paysages à couper le souf­fle. Ouah. J’ai hâte.

Mon Vélo

J’utilise mon Wil­i­er, avec des roues Cori­ma à faible pro­fil. Des roues par­faites pour la mon­tagne, j’ai ajusté ma posi­tion dernière­ment, j’ai pu la valid­er et je suis con­fi­ant. J’ai à l’avant un 52 ‑36 pour un 11- 34 (11 v) à l’arrière. Je roule en tube. Coté ali­men­ta­tion, mes bidons sont ali­men­tés par de la mal­to-dex­trine (1 dose) et de dex­trine cyclique (2 dos­es). Je prévois d’utiliser des bar­res énergé­tiques et autre gel ou jujubes à chaque 50 km si absente de rav­i­taille­ment. Mes pneus sont des Vit­to­ria Rubi­no 25 (moins frag­ile que les cor­sa) la pres­sion à l’avant est de 65 psi et 68 psi à l’arrière. Je porterai comme mes amis le kit CVRQ au départ, pour finir avec le kit de Ran­don­neur Cana­da (PBP 2023).

Objec­tif et stratégie

L’objectif est de finir, c’est le pre­mier objec­tif, l’organisation compte tenu du dénivelé nous donne un délai de 145 heures soir donc de finir le 26 juin à 10 heures. Le deux­ième objec­tif est de finir le 24 soit moins de 5 jours et secrète­ment je vise 100 heures.

Je plan­i­fie de m’arrêter pour le pre­mier dodo au km 380 puis de revenir à Bormio rejoin­dre le AirBnN ou Cather­ine se trou­ve. Repar­tir pour la journée 3 pour Fel­tre (km 880) ou Cather­ine a loué une cham­bre et finir le reste le jour 4 avec une option d’arrêt dodo à 234 km de l’arrivée dans un con­trôle. Le but est d’éviter de mon­ter les cols de nuit surtout ceux au-dessus de 2000m, les con­di­tions cli­ma­tiques pour­raient être très dif­fi­ciles (froid, gel,et même neige), le but est aus­si de répar­tir l’effort avec de belles péri­odes de récup alter­nant les nuits aux con­trôles et les nuits dans un vrai lits et tout le con­fort. C’est la théorie, la pra­tique ne se passe pas tou­jours ain­si, très rarement ain­si…

Mon aven­ture

Jour 1: Bormio-Gor­gonzo­la 328km-14h33-4142 m D+

Je pars avec Marc à 7 h12, de suite la route se cabre, c’est juste un début après quelques kms, nous faisons face à la pre­mière mon­tée véri­ta­ble de 12 km et c’est par­ti. Mes sen­sa­tions sont bonnes, j’appréhende la suc­ces­sion des efforts et je ne m’enthousiasme pas, je suis con­tent, je décou­vre des décors nou­veaux et nous voila déjà en Suisse, super belle route. Je me décou­vre avoir peur en descente, j’ai con­stam­ment les mains sur les freins, pas à l’aise, pour­tant la route est large, mais bon, je reste con­cen­tré. Rapi­de­ment je suis seul. Un groupe me rejoint peu avant de repass­er en Ital­ie. La tem­péra­ture monte et monte encore pour dépass­er les 35 degrés. Lorsque nous quit­tons le bord du Lac de Come pour mon­ter 9 km, je ressens un bon coup de moins bien, la chaleur m’écrase, en haut le con­trôle, des fruits, de la piz­za, du coke à volon­té des dessert ital­ien appelé ‘’crosta­ta ‘’ ( fait de pates sablés avec confiture….parfait) . Les con­trôles sont par­faits et très

accueil­lants. Super organ­i­sa­tion à date. Je reprends de l’énergie et je file par la suite jusqu’à Milan, que nous tra­ver­sons un same­di soir, noir de monde, pas très sécu­ri­taire en fait . Je ne suis pas fan du tout. On perd du temps, c’est dan­gereux et évidem­ment on ne prend pas le temps d’apprécier le tout.

J’arrive à Gor­gonzo­la après 11 heure le soir, le temps de se douch­er, bien manger et recharg­er le Wahoo et dodo il est exacte­ment minu­it 17. Le dor­toir est par­fait.

Jour 2 : Gor­gonzo­la-Bormio : 269.4 km–15h42-5001 m D+

Après 3h20 de som­meil dont 10 min­utes de som­meil pro­fond (vrai­ment pas beau­coup) je me réveille et me lève à 3h53. Je me pré­pare rapi­de­ment et je pars sur mon vélo, il est 4h31 et il fait déjà 22 degrés, direc­tion le prochain con­trôle dis­tant de 57 km, cer­taine­ment l’étape la plus facile du par­cours, on remonte sur le nord, on aperçoit déjà les pre­miers som­mets des Alpes, tout est ok. Par la suite, je rejoins

la prochaine étape de 88 km avec 1951 m de D+, plus la même chose, on longe le mag­nifique lac d’Iseo et les mon­tées com­men­cent comme la chaleur d’ailleurs. Il n’y a pas d’ombre, et je sur­veille les fontaines de façon régulière pour m’arroser telle­ment la chaleur monte vite. Il est 11 heure et il fait déjà 30 degrés. Le col est long, pas dif­fi­cile. Plus de 20 km et en haut il fait 35 …. Je ressens la chaleur on descend en forêt…Yes…. Et débute le mer­veilleux col de Vivone (mon coup de cœur) , après 3 km, vient le con­trôle, je reprends mes esprits, je repars bien et on monte ce col de bonne façon, la route est très étroite et le paysage est mag­nifique, l’étape est longue 119 km avec 2091 m de D+. En plus du Viv­ione, on escalade le célèbre Mor­tiro­lo par le coté le plus long (35 km ) mais aus­si le plus facile….Dans la descente, je m’accorde une petite sieste, et au bas du Mor­tiro­lo, je retrou­ve quelques cyclistes, tou­jours agréable que l’on ne soit pas tou­jours seul…. Sur le Haut la tem­péra­ture est très agréable, mais il pleut, pas un déluge mais suff­isant pour enfil­er l’imperméable. Quelques pho­tos sont pris­es en haut du Mor­tiro­lo en haut devant la stèle soulig­nant le som­met. Une mag­nifique descente très tech­nique suit et je me retrou­ve dans la val­lée en direc­tion de Bormio qui finalise la pre­mière boucle de 597 km et 9143 m de D+, je me sens bien et j’arrive au con­trôle à 22 h00 et au chalet à 23 h00 ou je rejoins Cather­ine. Une bonne douche et dodo.

Jour 3: Bormio – Lev­i­co Terme: 222.03 km-13h08- 4796m D+

Je repars à 6h19 du chalet à Bormio, je dois dire que l’envi de rester au lit m’a vrai­ment tra­ver­sé l’esprit, c’est aus­si le dan­ger de revenir vers un con­fort et de se faire vio­lence pour se remet­tre en route. Mais je prends la bonne déci­sion, pour débuter la journée par le célèbre Gavia tout de suite dès le départ , et c’est par­ti pour 25,6 km 1404 m de mon­tée pour arrive à 2622 m. Tout est ok pour moi, il fait 14 degrés en bas et 20 en haut, avant 9h00. Je monte le Gavia à 10.6 km par heure. Tout est ok. La descente est tech­nique, on passe par des routes très étroite et on tra­verse même un tun­nel non éclairé, pas du tout une descente pour les autos…

Aus­sitôt, la descente ter­minée, on débute le col suiv­ant le tonale, très réguli­er, 10.9 km et 649 m de D+. puis une belle descente, on pour­suit sur une piste cyclable à tra­vers des verg­ers, la chaleur monte et je com­mence à ven­til­er pas mal, J’arrive finale­ment au con­trôle 126 km après Bormio à 14 h30, il fait 39 degrés, j’arrête 1h15 pour bien relax­er et refroidir le moteur. Et on est repar­ti, le par­cours se dirige vers Tren­to avec des paysages tou­jours type ‘’carte postal’’ avec des mon­tagnes moins hautes, mais des gorges pro­fondes ou des lacs de toute beauté.

Après Tren­to, le relief devient moins dif­fi­cile, en soirée, le ciel s’assombrit. Mon but est d’arriver à Fel­tre ou Cather­ine a réservé une cham­bre. Ce qui devait arriver…il me reste 60 km et le vent devient exces­sive­ment vio­lent, je sens que les pre­mières gouttes appa­rais­sent, je vais me faire mouiller, c’est cer­tain.

Juste le temps de trou­ver un abri dans un parc pour enfant, et le déluge démarre, j’ai eu chaud…. Je suis bien pro­tégé et il me reste 2 h30 pour rejoin­dre le prochain con­trôle, et il est près de 22 heures…. D’autres cyclistes me rejoignent dans l’abri, on a assez de places, j’installe 4 chais­es de façon à avoir la pos­si­bil­ité de m’allonger, pas très con­fort­able, mais bon, c’est beau­coup mieux de se trou­ver sous l’orage vio­lent qui sévit dehors.

Jour 4 :Lev­i­co Terme-Roc­ca Pietore : 264.72 km-14h42-3951 m D+

Les trois cyclistes qui étaient avec moi dans l’abri déci­dent de par­tir au cœur de la nuit, de mon coté je reste dans l’abri et je « clip on » à 5h12, il fait 15 degrés, la par­cours suit une val­lée pour rejoin­dre Fel­tre à 9 h00. Je passe au con­trôle avant de rejoin­dre Cather­ine à sa cham­bre, une bonne douche, de nou­veaux vête­ments et je repars moins d’une heure plus tard, direc­tion le nord et les Dolomites, la chaleur est encore présente 35 degrès au cours de la journée , l’altitude fait en sorte que la tem­péra­ture baisse pour la deux­ième par­tie de la journée. Cela devient très con­fort­able, Avec le lac Mis­u­ri­na je descends sur Corti­na, lieu des JO cette hiv­er, super beau paysage, tout va bien pour moi, et j’escalade le dernier col de la journée à la sor­tir de Corti­na le Falzarego à 2104 m. Je finis la mon­tée de nuit, une belle descente de nuit et arrivée au con­trôle à Roc­co Pietore en débu­tant déjà le col Feda­ia qui se pour­suiv­ra le lende­main. Il est proche de minu­it. Au con­trôle, le ser­vice est pitoy­able. Je n’ai pas l’impression que les cyclistes soient les bien­venus. Nous dérangeons le cuis­tos pour nous pré­par­er un sand­wich et une salade de riz. Par con­tre la bouff est super bonne. Par la suite, la pro­preté de la douche est dou­teuse et le dor­toir laisse à désir­er, il fait froid et aucune cou­ver­ture n’est disponible… au matin, rien pour le déje­uner…. Juste un café pour la démar­rer la journée avec le col du Feda­ia.

Jour 5 :Roc­ca Pietore-Bormio : 232.8 km-13h00-4139m D+

Le départ pour la dernière journée se fait à 5h40 à 14 degrés, pas une bonne nuit , j’ai eu froid une bonne par­tie et la durée a été courte, peut être 3 heures ou moins, mais bon les jambes sont encore bonnes pour faire face au Feda­ia, le col peut être le plus dif­fi­cile de l’Alpi, pas le plus long mais les 5 derniers kms sont à 10.4% avec un pas­sage à 18% (8.6% pour les 10 km de la mon­tée en par­tance du con­trôle) . Un col qui a démar­ré la veille (le con­trôle se trou­vait à 4 km du bas du col).

Je grimpe avec un groupe, cela est encour­ageant, les jambes sont bonnes et je rat­trape pas mal de cyclistes, je ressens une douleur de plus en plus gênante au périnée,(cela a com­mencé dès la journée1 avec la chaleur, et un excès de tran­spi­ra­tion, le tout agré­men­té d’un non change­ment de vête­ment pour les 2 pre­miers jours et une absence de prise de crême de chamoix….( J’ai fait plus de 30 1200 e je fais encore ce tyre d’erreur)) pour mon­ter ce n’est pas trop dérangeant, mais ailleurs, je fais de plus en plus du bec de selle et je crains de plus en plus avoir une douleur qui se développe aux genoux (en m’asseyant trop à l’avant).

En haut le paysage est tou­jours mer­veilleux avec à ma gauche le glac­i­er du Mar­mo­la­da, une belle descente et je con­state que l’architecture change, on ressent claire­ment l’influence Autrichi­enne, les maisons sont fleuries, et c’est très agréable de faire du vélo dans ce coin du monde. Je m’arrête dans un bar pour déje­uner 2 gros crois­sants four­rés de crème de pis­tache et crème aux noisettes, un régal…. Le tout accom­pa­g­né un café évidem­ment…

La tem­péra­ture aug­mente dras­tique­ment, il fera … 44 degrés au max­i­mum de la journée en tra­ver­sant Mer­a­no. Dans la val­lée en début d’après midi, je fais une sieste, juste quelques min­utes en m’arrêtant autour de 30 min­utes. Je suis à nou­veau seul depuis un moment, mais cela ne me gêne pas du tout. Je focalise sur le dernier obstacle….le Stelvio (25 km à 7.5 % avec les 20 derniers km à 8.1%) un mon­stre. 48 virages à épin­gle à cheveux. Le col le plus pho­tographié au monde. Une légende. Je le con­nais je l’ai déjà mon­té en 2021 par le même ver­sant, par Pra­to, en 1h56 ( seg­ment stra­va de 23.6 km à 8.2% ), là je le mon­terai vrai­ment moins vite. Je prends con­science de ma fatigue, mes douleurs au périnée m’handicape et me font douter. Alors je me con­stru­is une visu­al­i­sa­tion avec des seg­ments à attein­dre. Pas de stress juste focucer sur le prochain mar­queur, un seul mar­queur …. Pas la mon­tagne… . Pre­mier mar­queur attein­dre le vil­lage de trafoi situé après 7 km, puis focucer sur les nom­bres de virage bien sig­nal­isés en compte à rebours, le deux­ième mar­queur est d’arriver à un 30 virages à faire sur les 48, puis 15 et le haut. Je me libère l’esprit aus­si en me dis­ant qu’en plan B, si je n’arrive pas à franchir le dernier obsta­cle, je trou­verai bien un endroit pour dormir à Trafoi ou au plre à Pra­to en bas du col, avant de repar­tir le lende­main matin. En fait en toutes cir­con­stances, mon esprit est con­va­in­cu que je finis soit ce soir soit demain si je n’arrive pas à finir ma mon­tée. N’oublions pas que notre sport demande une force men­tale con­stante, à nous de la nour­rir et de la pro­téger.

Armé de cette stratégie men­tale, j’aborde la mon­tée, et je me sur­prends, je passe le pre­mier mar­queur sans trop de dif­fi­culté, je ne vais pas vite, mais évidem­ment peu importe, je reste con­cen­tr­er et je me dis que le plan B ne se met­tra pas à exé­cu­tion. C’est quand même super encour­ageant, dans ma tête, je célèbre cette pre­mière vic­toire d’arriver au pre­mier 7 km à Trafoi. Par la suite les pre­rmiers 2 virages arrivent, je me dis qu’il m’en reste 16 pour arriv­er aux 30 à faire. Mais entre le 46 et le 45 ème virage, la dis­tance est longue et l’inclinaison devient bien forte. Je reste con­cen­tré, soudain appa­rait le 45 ème puis d’autres virages suiv­ent, je reprends le dessus morale­ment, je me suis arrêté un peu après Trafoi (une façon de célébr­er ma pre­mière vic­toire) je ferai à 2 ou 3 autres arrêts d’ici le haut du col. Men­tale­ment le col est exigeant, bien sur qu’il est long et pen­tu, mais au niveau des yeux, il est aus­si destruc­teur, après le 30 ème virage on aperçoit le haut et on a l’impression que l’on est en bas du falaise que l’on doit gravir. Une vraie falaise ou ser­pente les 18 derniers virages, décourageant. Je me dis­trais l’esprit en me con­cen­trant sur le prochain virage et ain­si de suite. Je rat­trape 2 cyclistes dans la mon­tée, je ne dois donc pas être lent, enfin le haut fait en 3 h04 inclu­ant 15 min­utes d’arrêt ….. Pas la même chose qu’en 2021, mais super con­tent.

Me reste la descente pour finir cet Alpi, il fait nuit, j’allume les lumières et après quelques km je m’arrête pour m’habiller chaude­ment, la tem­péra­ture descends à 11 degrés, je reste très con­cen­tré, ce n’est pas le moment de faire une faute de tra­jec­toire. J’ai froid quand même, mal­gré toutes les couch­es de vête­ment, enfin j’arrive à Bormio après 55 min­utes de descente, faite prudem­ment. Le moment de me réjouir et de ressen­tir une belle fierté de cet accom­plisse­ment.

Total :1316.96 km 71h03mn de déplace­ment-22029 m D+

Seule­ment 221 cyclistes ont ter­miné sur 400 au départ, et je finis en 111h36 en 56 ‑ème posi­tion.

Pren­dre note que la meilleur temps a été fait en 84h51 par l’Autrichien Peter Knei­dinger suivi de Ian Mc Bride en 87h 27 ( Il avait été le seul à par­courir la total­ité de LEL 2025) et que 12 cyclistes ont fini en moins de 100 heures. Pour moi, c’est mon Graal . Je reviens après une année et demi d’obstacle (Chutes et San­té). Je me dis …. I’m back…. Yes

Récupéra­tion :

Je dois dire que c’est bien un défi pour moi, mes soucis d’insomnie sont revenus au galop. Mon rythme car­diaque au repos ain­si la vari­abil­ité de la fréquence car­diaque sont pour­tant rapi­de­ment revenu à la nor­mal, mais je me sens fatigué même encore 5 semaines après la fin de l’évènement. Pour ne rien arranger, ma rhi­nite chronique me fait des siennes depuis mon retour. Je ne fais pas de sur-entraine­ment, mes mar­queurs sont bons et mon cœur monte et redes­cent bien nor­male­ment, mais il se peut qu’une activ­ité hor­monale con­tin­ue de sécréter du cor­ti­sol empêchant mon sys­téme para-sym­pa­tique de revenir à une activ­ité nor­male. J’ai fait un prélève­ment san­guin la semaine passée, j’attends les résul­tats. Et….. la semaine prochaine je repars pour l’Espagne pour par­ticiper au Madrid Gijon Madrid 1200 qui démar­rera le 18 aout… A suiv­re ….