Silk Road Mountain Race 2026 par Martin Hotte

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Silk Road Moun­tain Race 2026, Kirghizis­tan

Table des matières

Avant-pro­pos 2

Ver­sion courte pour gens pressés 2

À faire si : 3

Ver­sion plus longue pour gens moins pressés 3

Semaine prédé­part 4

Jour 1 Le rêve qui devient réel 6

Jour 2 Hike-a-bike, chaleur et insom­nie 7

Jour 3 Pause diurne 7

Jour 4 De l’émerveillement à l’épuisement 8

Jour 5 Tor­ture men­tale 10

Jour 6 Entrée en zone recluse 11

Jour 7 Hike-a-bike, bis, bis, val­lée immuable et autoroute céleste 12

Jour 8 L’œil de la tem­pête 13

Jour 9 Boue, bar­belés et route défon­cée, le champ de bataille 14

Jour 10 J’arrête. Non je fonce, sans le sou. Ou la gas­troparésie de sat­u­ra­tion 16

Per­du en route 18

Moment philosophique 18

Mon équipement 20

Remer­ciements 21

Épi­logue 21

Avant-propos

C’est fidèle­ment à la tra­di­tion bicen­te­naire de mon club de vélo, les Ran­don­neurs du Québec, que je vous partage par écrit mon expéri­ence de ce que cer­tains appel­lent La course de bikepack­ing la plus dure au monde. Si on était sur Instatube ou Yougram, ce serait évidem­ment mon titre, ques­tion de ramass­er plus de clics, mais ici, nul besoin, auprès de vous mes 14 lecteurs et lec­tri­ces. Donc ce réc­it s’adresse autant à toi, ma tante dont la dernière course à vélo avait comme des­ti­na­tion Stein­berg, qu’à toi domp­teur du bitume ayant con­quis le respect de tes sem­blables par tes per­for­mances généra­tri­ces d’yeux écar­quil­lés.

Version courte pour gens pressés

Pour les 35% de participant.e.s à la fois très persévérant.e.s, en excel­lente forme, et chanceux/chanceuses de n’avoir eu ni enjeu de san­té, ni acci­dent, ni prob­lème mécanique irré­solv­able, ce fut 2062 km avec 37 000 mètres de D+, prin­ci­pale­ment hors route, mais sou­vent hors toute. La plu­part utilisent un vélo de mon­tagne. Pour le dénivelé, c’est sûre­ment un peu biaisé, puisque j’estime qu’environ 2 000 mètres sont sim­ple­ment le résul­tat des mil­liers de petites boss­es sur ces routes qu’on appelle wash­board ou planche à laver (au pro­fane, je te pré­cise ici qu’il s’agit ici d’une blague d’initiés, désolé). Ma course à moi a mal­heureuse­ment pris fin à 1265 km et 23 000 mètres de dénivelé, après avoir vomi ma vie. Et je crois avoir vécu pas mal. Bref, cet enjeu de san­té me ter­ras­sant a imposé mon retrait, mais seule­ment après qu’environ 60 % des participant.e.s avaient déjà aban­don­né. Quand on se com­pare, on se con­sole. Mais ces taux révè­lent le car­ac­tère impi­toy­able de cette édi­tion 2026. Je men­tionne que toutes les per­son­nes que j’ai ren­con­trées étaient loin d’être néo­phytes en vélo d’aventure et de longue dis­tance, et que le taux de suc­cès des dernières années était plutôt autour de 55%. Je répète, pour cette année, ce fut 35%.

À faire si :

T’aimes les mon­tagnes et les paysages idylliques, et te sen­tir au fin fond du monde; t’aimes manger des Snikers et du pain sec pour déje­uner, dîn­er, souper et en col­la­tion; tu pens­es pou­voir tolér­er des écarts de tem­péra­ture de 50 degrés en moins de 24h, avec en après-midi un cli­mat canic­u­laire et déser­tique­ment sec qui te fait saign­er du nez, jusqu’à de la neige et des chaus­settes gelées comme une planche de bois au réveil; tu veux maigrir sans Weight Watch­ers; tu ne veux pas maigrir, mais comme ça va arriv­er quand même, ça te don­nera ensuite carte blanche pour manger de façon com­pul­sive et sans remords de la crème glacée plusieurs fois par jour durant tes semaines de recon­struc­tion; tu veux ren­con­tr­er plein de gens trip­pants plus fêlés que toi qui vont te don­ner l’impression d’être une per­son­ne nor­male avec un hob­by nor­mal; t’hésitais entre un voy­age de vélo et de hik­ing; tu veux con­stater de visu que des your­tes de nomades, ça existe pour vrai et en grand nom­bre; t’aimes le beurre de peanut, pas celui qu’on mange, mais celui qu’on grat­te du vélo à chaque 100 mètres après une pluie, seule­ment pour réus­sir à avancer, et sou­vent en marchant parce que rouler ruin­erait les com­posantes du vélo de cette boue col­lante et intru­sive; t’es prêt à avoir les pieds mouil­lés durant des jours sans inter­rup­tion, parce que t’auras à tra­vers­er plusieurs riv­ières en por­tant ton vélo, chaque jour; t’es prêt à inve­stir du temps pour te pré­par­er, parce que tu ne veux pas mourir au 2e jour; sur un même thème mor­tu­aire, tu pens­es que la vie est trop courte, et ça te motive à vivre des expéri­ences hors de l’ordinaire qui vont te don­ner l’impression d’avoir bien prof­ité de ton petit pas­sage sur Terre.

Version plus longue pour gens moins pressés

Il y a quelques élé­ments à con­naître pour enrichir la com­préhen­sion de ce réc­it. Je me suis présen­té sur la ligne de départ dans l’intention pre­mière de cours­er et d’avoir un classe­ment respectable, en référence bien sûr en ce que je crois cor­re­spon­dre à mes capac­ités, et non en com­para­i­son aux meilleur.e.s, qui évidem­ment sont dans une classe bien supérieure à la mienne. Mais tout de même, j’espérais secrète­ment com­pléter le par­cours en moins de 12 jours, ce qui cor­re­spond a pos­te­ri­ori à une place entre 18 et 34 au classe­ment. C’était selon un scé­nario idéal, sans ani­croche, presque le con­te de fées. Mais sinon, réal­is­te­ment, un sub 13 jours était atteignable (donc top 50). J’avais plutôt con­fi­ance en moi, j’ai l’habitude de pass­er de très longues journées en selle avec des arrêts réduits au min­i­mum, j’ai fait beau­coup de mus­cu­la­tion pour régler cer­taines vul­néra­bil­ités physiques et prévenir les blessures, mon équipement avait été soigneuse­ment choisi et testé, puis j’ai tout de même une cer­taine expéri­ence du plein air en zone mon­tag­neuse.

Il faut toute­fois savoir qu’au-delà de ces fan­tasmes de per­for­mance, mon inten­tion claire­ment pri­or­i­taire était de vivre une belle expéri­ence. La com­péti­tion m’anime et me motive, mais si la qual­ité de l’expérience demandait finale­ment à ralen­tir et oubli­er le classe­ment, c’est un choix que j’étais très volon­taire à faire, quitte même à ter­min­er au-delà des délais max­i­maux de 14 jours et 15 heures.

Lex­ique pour néo­phyte : le snail (l’escargot) est le point sur la carte qui représente la vitesse min­i­male à main­tenir pour finir dans les temps, il avance inex­orable­ment et tran­quille­ment vers l’arrivée, il peut nous dépass­er durant l’épreuve mais on doit ter­min­er l’épreuve avant lui; le point de con­trôle ou CP est un lieu où on doit faire étam­per sa carte de pro­gres­sion et on peut y recevoir des ser­vices (repas, lit, douche); du hike-a-bike est le fait pouss­er son vélo en marchant parce que ce n’est pas cyclable; une plug est une petite tige qu’on insère dans le trou de la crevai­son pour empêch­er l’air de sor­tir du pneu tube­less (sans cham­bre à air, comme une voiture); scratch/scratcher/scratcheur est l’abandon de l’épreuve, se retir­er.

Semaine prédépart

J’étais accom­pa­g­né de ma douce moitié qui allait être bénév­ole durant l’évènement. Cet engage­ment de sa part était un mag­nifique moyen de partager l’aventure même si elle n’était pas con­cur­rente. Petite anec­dote que je trou­ve hila­rante : par un con­cours de cir­con­stances et son rôle de bénév­ole, elle s’est retrou­vée à partager un apparte­ment durant quelques jours à l’arrivée avec Justi­nas Lev­ei­ka, gag­nant de la course et fig­ure de proue de l’ultracyclisme. Justi­nas étant con­nu de tous et très appré­cié, l’appartement était donc un spot où les pre­miers à ter­min­er allaient pass­er du temps. Donc ma blonde chillait avec du monde que j’idéalise un peu et que je suis sur Insta­gram et YouTube. Ça me fait rire.

Je dis­ais donc, la pre­mière semaine a été con­sacrée aux pré­parat­ifs, inclu­ant 3 journées en mon­tagne pour s’acclimater à l’altitude et éviter d’être malade durant l’évènement par une expo­si­tion trop rapi­de. On dor­mait à 2 300 mètres, et allait marcher plus en hau­teur, jusqu’à 3 000 mètres, mais en ten­tant d’y aller douce­ment pour main­tenir un bon niveau d’énergie pour le jour du départ.

Petite frousse, deux jours avant le jour J, lors de ma petite ride-test, un bruit épeu­rant émanait de «quelque part» du vélo. Ce n’est pas tou­jours sim­ple d’identifier la source d’un craque­ment, mais après beau­coup de temps à chercher, j’ai finale­ment trou­vé et réglé le prob­lème (bras gauche du pédalier pas assez ser­ré). C’est le moment ici de gliss­er l’idée qu’il m’apparaît essen­tiel d’avoir des bases de mécanique dans ce type d’évènement.

La petite ville de départ, Talas, est envahie par les concurrent.e.s, per­me­t­tant de belles ren­con­tres et d’échanger sans fin sur nos choix de matériel et nos expéri­ences. Mal­gré les qual­i­fi­ca­tions de tout le monde présent, il y a tou­jours de petits doutes sur ces choix, mais à un moment, il faut juste «décrocher» et les assumer. La veille du départ, c’est l’enregistrement et la présen­ta­tion pré­course par l’organisateur, puis après un gros repas, on croise les doigts pour trou­ver le som­meil, ce que j’ai réus­si, par l’appui d’un petit cachet, je dois l’avouer. Après des années à lut­ter avec des prob­lèmes d’insomnie lors de mes longues sor­ties cyclistes, je me donne une chance de plus avec de légers som­nifères ou pro­duits naturels favorisant la détente. Et vous ver­rez, je par­le beau­coup du som­meil dans ce réc­it, mais c’est parce que ce sera un élé­ment cen­tral de mon expéri­ence et mes déci­sions, surtout durant les pre­miers jours.

Jour 1 Le rêve qui devient réel

Que d’excitation et de fébril­ité (!), que je me per­me­ts enfin de vivre et d’exprimer, parce que durant les jours précé­dents, je me main­te­nais dans un état calme et neu­tre pour être con­cen­tré sur mes pré­parat­ifs, et aus­si favoris­er un bon som­meil. Bref, au petit matin, musique, décompte, moment de jubi­la­tion et de sat­is­fac­tion, c’est enfin par­ti! J’ai peine à y croire. J’ai déjà enten­du que la vic­toire est de se présen­ter sur la ligne de départ, parce que con­traire­ment à durant la course où il y a plusieurs élé­ments incon­trôlables, ren­dant la final­ité imprévis­i­ble et par­fois au-delà de notre pou­voir, la phase de pré­pa­ra­tion est volon­taire, cal­culée, longue et générale­ment appliquée avec dis­ci­pline et rigueur. Selon ce raison­nement, en effet, je suis prêt à m’accorder cette vic­toire, ayant été vrai­ment dédié dans ma pré­pa­ra­tion, du moins à l’intérieur des lim­ites de mon mode de vie. Lors du départ, j’étais par hasard en queue de pelo­ton, donc mal­gré quelques pre­miers kilo­mètres con­trôlés par une voiture-escorte, la file s’est longue­ment étirée, et j’ai donc dû tout au long de la journée, et tran­quille­ment pour ne pas «brûler de car­touch­es» à l’aube d’un long périple, remon­ter une par­tie de ces 230 cyclistes. Et à l’avant, sans sur­prise, ça pous­sait très fort. C’est avec une mon­tée de 52 km à 5% de moyenne pour 2 200 mètres en D+ et un mer­cure grim­pant égale­ment à autour de 40 degrés qu’on a débuté cette pre­mière journée. On est déjà au stade des super­lat­ifs et de l’inhabituel. Con­traire­ment à plusieurs qui fléchissent déjà, je me sens bien et roule 191 km, me plaçant à cet état pré­coce de la course en 50e posi­tion env­i­ron. Je me trou­ve un endroit pour dormir vers 23h00. Com­mençant à m’installer, les chiens avoisi­nants décou­vrent ma présence et se met­tent à aboy­er sans arrêt. Ils sem­blent un peu loin, mais je ne me sens pas en sécu­rité, donc je rem­balle mes choses en vitesse et me remets en route. Je crains et même déteste les chiens pro­tecteurs de leur ter­ri­toire (même si c’est leur rôle), et c’est d’ailleurs un aspect qui me rebute du bikepack­ing. À chaque ride, je me retrou­ve tôt ou tard à me faire pour­chas­s­er, et c’est un sen­ti­ment de dan­ger que je trou­ve tout sim­ple­ment hor­ri­ble, même si les mor­sures demeurent quelque chose de très rare et inhab­ituel. Donc prise deux, vers 23h30 je m’installe à un endroit où il y a déjà quelques autres tentes. Je serai à l’arrêt pour env­i­ron 7h, je crois, pour un total de 2h de som­meil. Pre­mier glisse­ment.

Jour 2 Hike-a-bike, chaleur et insomnie

Autre journée tor­ride. Beau­coup en souf­frent sérieuse­ment, même jusqu’à l’abandon, déjà. De mon côté, je m’en sors plutôt bien mal­gré l’inconfort. Nous avons l’avantage de régulière­ment suiv­re une riv­ière, et elle per­met de se rafraîchir régulière­ment et de rem­plir les con­tenants d’eau. Je fais face à deux sérieuses mon­tées, prin­ci­pale­ment en hike-a-bike. Au milieu de la 2e, vers 20h30, un autre par­tic­i­pant devant moi me dit qu’on est invité à dormir sur le ter­rain où se trou­ve une yourte, et à pren­dre le thé. Après moult hési­ta­tions, devant la fatigue et l’incertitude de trou­ver un endroit décent où pos­er ma tente plus tard à une heure qui con­viendrait mieux à l’aspect com­péti­tif de l’évènement (entre 23h00 et minu­it), je me laisse con­va­in­cre. Sans le savoir, c’est la pre­mière déci­sion qui con­tribuera à la dérive de mon état. Il est trop tôt pour trou­ver le som­meil, ma tente est sur une pente qui me fait gliss­er sans arrêt au fond de celle-ci, les vach­es, chevaux et chiens font sans arrêt du bruit et une puis­sante riv­ière fait un vacarme fou. Je vivrai la pire nuit de ma vie. Huit heures en tente sans même être près de touch­er au som­meil. Les cachets, chim­iques comme naturels, et même à dou­bles dos­es, tout comme les tech­niques de relax­ation, n’y pour­ront rien. Je vivrai angoisse, frus­tra­tion, impa­tience et antic­i­pa­tion néga­tive de ce qui allait venir, bref la boucle cog­ni­tive bien con­nue de l’insomnie. Je serais par­ti plus tôt pour per­dre moins de temps dans ce piège, mais je devais absol­u­ment rem­plir mes con­tenants d’eau, et les chiens m’intimidaient trop pour les affron­ter dans la noirceur. J’ai donc atten­du les pre­mières lueurs du jour avant de finale­ment me met­tre en action. Km par­cou­rus : 104. Dénivelé accu­mulé sur les 2 pre­mières journées: 7 200 m en 295 km. Moyenne roulée/marchée : 12,6 km/h.

Jour 3 Pause diurne

Dix heures venant d’être per­dues à l’arrêt, me retrou­vant dans un état lam­en­ta­ble avec 2 heures de som­meil au total en 48 heures, je pour­suiv­is mon ascen­sion inter­rompue la veille à un rythme loin d’être opti­mal, mais l’important est de con­tin­uer d’avancer. Vers 11h00, j’ai com­plété la mon­tée, puis la redes­cente, et je croise une petite guest­house. Je ne me ques­tionne même pas. Je m’arrête pour un autre long arrêt de 5h pour pren­dre soin de moi et éviter de som­br­er davan­tage. Au moins, cette fois-ci, c’est pro­duc­tif, je mange mon 1er «vrai» repas depuis 2 jours (pâtes au beurre et œufs deep fried…je dois me forcer à avaler), je lave mes vête­ments tout en prenant une douche, je recharge mes appareils élec­tron­iques, et surtout je réus­sis à dormir 3h. Ça paraît très peu pour le pro­fane, surtout devant l’ampleur des efforts four­nis et à venir, mais dans notre niche sportive, c’est un nom­bre tout de même respectable qui per­met de fonc­tion­ner. Et je me suis évité les pires heures canic­u­laires durant lesquelles les participant.e.s tombaient comme des mouch­es. Bref, mal­gré la perte d’un après-midi com­plet de pro­gres­sion, je suis sat­is­fait parce que mon choix me per­met de repren­dre vie et l’espoir de retrou­ver un état «durable». Je roule très bien jusqu’en fin de soirée, redé­pas­sant beau­coup de concurrent.e.s et lim­i­tant les dégâts avec je crois une 70e place au couch­er, qui sera d’ailleurs infin­i­ment plus con­fort­able, avec un sol tout à fait douil­let et de niveau, dans un silence absolu, à l’intérieur de ce que je décou­vri­rai au matin être une mag­nifique val­lée. Km par­cou­rus : 106. Nuit soyeuse de 5h de som­meil.

Jour 4 De l’émerveillement à l’épuisement

Journée des extrêmes. De l’émerveillement à l’épuisement, en 165 km, 3 400 m de D+, à 11,6 km/h La journée a débuté par la pour­suite d’une très longue mon­tée, pro­gres­sive donc roulante. De celles qu’on préfère. La beauté des lieux était à couper le souf­fle et m’émouvait pro­fondé­ment. À un cer­tain moment, alors que le lever du soleil se man­i­fes­tait par toute sa palette de couleur, un trou­peau de chevaux sauvages était sur mon chemin et s’est douce­ment ouvert devant moi à mon pas­sage. Je pleu­rais ce moment unique. Je réal­i­sais com­bi­en ce petit moment figé dans le temps et n’appartenant qu’à moi valait une tonne d’or, et que je le garderais en moi pour tou­jours. Les pho­tos plus haut de la tra­ver­sée de riv­ière et celle où je pousse mon vélo, ont été cro­quée par l’équipe média de l’organisation et tirées de leur compte Insta­gram. Ce col n’a été que source de grand bon­heur, de sa mon­tée jusqu’à sa descente. La suite de la journée s’est pour­suiv­ie avec l’ascension de deux autres cols, mais ceux-ci très abruptes et néces­si­tant de longues heures à pouss­er le vélo à pied. Les descentes étaient tout autant exigeantes, sur des sen­tiers extrême­ment étroits dans de la pierre glis­sante au bord de pentes trop pro­fondes qui me pous­sait à main­tenir un haut niveau de vig­i­lance et con­cen­tra­tion. Sur un seg­ment devant se faire à pied et avec la plus grande atten­tion, j’ai même enlevé et trans­porté séparé­ment mon sac prin­ci­pal, avant d’y pass­er avec mon vélo ain­si allégé sur le dos, parce que le risque de tomber dans le vide jusqu’à la riv­ière une dizaine de mètres plus bas était réel. Tout le monde s’accorde pour dire que ce seg­ment dépas­sait le niveau de risque nous appa­rais­sant raisonnable et accept­able, mais tous ont aus­si l’impression que Nel­son Trees, l’architecte de ces cours­es, prend un malin plaisir à créer des par­cours jouant avec les lim­ites. Ne le dites pas à ma mère. Ayant par chance réus­si à franchir ces obsta­cles avant la tombée de la nuit, il ne me restait plus que 30 km plats à par­courir pour attein­dre le point de con­trôle 1, CP1, donc manger un déli­cieux repas, ren­con­tr­er ma douce qui y tra­vail­lait comme bénév­ole, puis prob­a­ble­ment trou­ver un lit con­fort­able.

Mais cette course est rarement sim­ple et ce qui appa­rais­sait comme une banal­ité a été un cru­el rap­pel que rien n’est gra­tu­it sur la SRMR. Ce fut les 30 km plats les plus longs de ma vie, qui se sont égrainés dans une tem­po­ral­ité ralen­tie. Dans le noir, c’était un labyrinthe de petits chemins dans lesquels je me per­dais sans arrêt, le relief empêchait toute vitesse, et je man­quais dés­espéré­ment d’eau. Ma bouche était comme du papi­er sablé et une migraine oph­talmique m’avait frap­pée. Avec la lucid­ité qui me restait, j’ai regardé la carte et iden­ti­fié deux ruis­seaux, mais les deux fois, en m’y ren­dant, j’ai con­staté qu’ils étaient com­plète­ment asséchés. Ironique­ment, dans cette noirceur et mon état, je ne réal­i­sais pas que je longeais par­fois d’assez près un immense lac duquel j’aurais pu prélever un peu d’eau à boire après traite­ment. Finale­ment, à une dizaine de km du but, un Russe avec qui j’avais eu l’occasion de dis­cuter quelques fois aupar­a­vant m’a dépassé et encour­agé à con­tin­uer avec lui. Il m’a même don­né quelques gorgées d’eau. Offi­cielle­ment, c’est inter­dit de se soutenir entre concurrent.e.s à moins de le déclar­er et d’être exclu du classe­ment, mais encore, tous sont d’accord que c’est absurde et que la «trail mag­ic» (le sou­tien offert de façon spon­tanée par des per­son­nes incon­nues et externes à la course), devrait aus­si être autorisée entre nous. Bref, son sou­tien à la lim­ite de la légal­ité a ren­du un peu plus sup­port­able mes derniers kilo­mètres, bien qu’à mon arrivée à 1h30 et après une journée très pro­duc­tive s’étant étirée sur quelques heures de trop, j’étais dans un état lam­en­ta­ble. C’était un bon­heur atten­du de retrou­ver ma con­jointe, mais qui était un peu gâché par le fait que je devais rapi­de­ment me con­cen­tr­er à combler mes besoins de base. La pyra­mide de Maslow appliquée à l’échelle de ma sit­u­a­tion. Donc je me sus­tente, puis réus­sis à dormir 3 heures. En réal­ité, ce n’est pas une réus­site, car j’avais défini­tive­ment besoin de plus de som­meil pour récupér­er et repar­tir pour un autre 480 km jusqu’au CP2, dont près de la moitié sans aucun point de rav­i­taille­ment et au fond du monde, près de la fron­tière avec la Chine.

Jour 5 Torture mentale

Pre­mière de deux (la deux­ième sera au 10e jour), grande journée de perte de temps à me tor­tur­er pour décider à pour­suiv­re ou non. Je pense sérieuse­ment qu’une bonne nuit de som­meil récupéra­trice aurait com­plète­ment changé ce que j’ai vécu cette journée-là, et que je serais repar­ti sans me pos­er de ques­tion. Mais con­fron­té au fait que je ne réus­sis­sais sou­vent pas à dormir et manger con­ven­able­ment, ce qui me décourageait et m’épuisait petit à petit, puis face à l’immensité qui demeu­rait à con­quérir, le désir de con­tin­uer était presque éteint. Je remet­tais en doute mon car­ac­tère et mon iden­tité de cycliste aven­turi­er. «Ce n’est peut-être pas moi après tout. J’ai essayé d’être quelqu’un que je ne suis pas. Je suis tombé dans le piège des réseaux soci­aux d’idéaliser quelque chose qui appar­tient à d’autres. Je vais me met­tre au golf.» Après plusieurs heures de ter­giver­sa­tions et de con­ver­sa­tions avec ma blonde et d’autres con­cur­rents, ma déci­sion était prise d’abandonner. Je n’ai juste pas offi­cielle­ment aver­ti l’organisation. Puis plusieurs heures ont passé. Et le malaise gran­dis­sait en moi, encore plus que celui que je ressen­tais à l’idée de devoir pour­suiv­re quelque chose qui ne m’apparaissait plus pos­si­ble. J’explique plus loin dans le chapitre Moment philosophique ce que j’ai vécu et l’intensité de mes émo­tions durant cette journée, mais je crois que j’ai finale­ment pris la seule bonne déci­sion pos­si­ble pour me per­me­t­tre d’être en paix avec moi-même et pou­voir me regarder dans le miroir, et c’était de con­tin­uer. En 10 min­utes, dans un revire­ment inat­ten­du, j’ai donc rassem­blé mes choses, puis j’ai repris la route face à un vent impi­toy­able qui venait de se lever, et qui me forçait par­fois à m’arrêter pour me cacher le vis­age parce que la pous­sière qu’il soule­vait m’empêchait lit­térale­ment de respir­er. Bref, un nou­veau départ dans des con­di­tions idéales! Mon départ s’étant fait à 15h30, soit 30 min­utes avant la fer­me­ture du con­trôle, je n’ai que roulé 91 km, ter­mi­nant tôt car voulant dormir dans une guest­house de la prochaine ville, dans l’espoir de trou­ver un som­meil de qual­ité et me don­ner une chance de survie. Repas copieux (pâtes en enl­e­vant la viande – c’était ma seule option et un rare com­pro­mis en tant que végé­tarien), appro­vi­sion­nement pour les prochains jours, puis nuit sans réveille-matin ô enfin qual­i­ta­tive de 7 heures. Du gros luxe. Alléluia!

Jour 6 Entrée en zone recluse

La pre­mière moitié de journée se déroule par­tielle­ment sur un rare bitume de qual­ité, et par­tielle­ment sur route extrême­ment pous­siéreuse et en planche à laver, qui nous étouffe à chaque pas­sage de camion. J’ai mon Buff bien ser­ré autour du vis­age mal­gré la chaleur, et j’ai un grand éton­nement de voir chaque cycliste que je dépasse (je rap­pelle que j’ai dor­mi 7 heures) ne rien porter pour se pro­téger de cet excès de pous­sière. C’est pour­tant quelque chose que j’ai facile­ment remar­qué dans plusieurs vidéos des édi­tions précé­dentes, que plusieurs per­son­nes ont des prob­lèmes res­pi­ra­toires à cause de la pous­sière. Mais bon, à chacun.e sa ges­tion du risque et de sa san­té. Je croise le dernier petit vil­lage avant la zone de 200 km inhab­itée et sans ser­vice. J’en prof­ite pour faire quelques dernières emplettes, manger du maïs en con­serve, des chips et plusieurs déli­cieux yogourts bien froids. Dans ma musette pour cette aven­ture dans l’aventure : pain, fro­mage, pommes, yogourt, quan­tité de bar­res de type Snikers, bis­cuits, jus d’orange, et restant d’arachides, raisins secs, et con­fi­ture.

En 2e par­tie de journée jusqu’au début de la nuit, j’affronte les deux pre­miers cols d’une série de qua­tre col­lés les uns aux autres. Cha­cun d’une longueur moyenne de 8 km et imposant tour à tour cha­cun 2–3 heures de hike‑a bike, par­fois sur des pentes grav­eleuses allant jusqu’à 35 %. C’était une nou­veauté 2026, un ter­ri­toire inex­ploré aupar­a­vant par la course, cadeau de Nel­son Trees qui en a découragé plus d’un. Lors de ma 1re mon­tée, j’ai vu un par­tic­i­pant qui m’a croisé en redescen­dant et en cri­ant «I scratch!». De quoi ravaler sa salive et aug­menter l’appréhension de ce qui s’en vient devant. Par chance, pour la 2e mon­tée qui était impi­toy­able et affron­tée de nuit, j’ai allié ma moti­va­tion à celle d’un Anglais et d’un Kirghiz. Trois per­son­nes au milieu des pentes hos­tiles en pleine obscu­rité, on se sent un peu plus fort. J’étais en tête de file, et ce rôle de don­ner le rythme en est un qui me motive et me donne de l’énergie. Pour la petite his­toire, mon com­parse local, Vadim, a déjà com­plété avec suc­cès 4 des 7 édi­tions précé­dentes. Oui, qua­tre. De quoi me con­va­in­cre qu’on n’est pas tous com­posés de la même manière. Ironie, il fait la course avec son gros sac jaune de livreur pour faire rire la galerie. Quand il arrive quelque part, il dit «Votre livrai­son est arrivée!», et ça le fait rire. Nous aus­si, à moins que la per­plex­ité prenne le dessus devant le sur­réal­isme de la sit­u­a­tion. Nous ne sommes pas tous com­posés de la même manière. Il a com­plété cette 5e édi­tion, cette fois-ci avec une journée de retard sur le temps lim­ite, mais il a tout même été le 82e et avant-dernier à franchir le fil d’arrivée. Respect. Km par­cou­rus : 123. Dénivelé : 3 000 m.

Jour 7 Hike-a-bike, bis, bis, vallée immuable et autoroute céleste

Journée exigeante, donc nor­male, mais sans his­toire. Je fran­chis les deux derniers cols de la série de qua­tre en soli­taire puis tra­verse une inter­minable val­lée dans un décor immuable au fil des kilo­mètres qui défi­lent, don­nant l’impression étrange d’être figé dans le temps et de ne pas avancer. Pour­tant, mal­gré de nom­breux pas­sages de riv­ières deman­dant à porter le vélo de façon pré­caire en mode équilib­riste dû au courant, ça avance bien.

La sur­face du sen­tier est plutôt roulante et le vent est favor­able. On a telle­ment l’impression d’être face à une adver­sité con­stante sur cette course que je prends avec bon­heur cette faveur des Dieux du bikepack­ing. Je men­tionne qu’en soirée, un genre de duo de fées est apparu sur ma route. Au ¾ de ce seg­ment de 200 km sans pos­si­bil­ité d’approvisionnement, je m’apprête à crois­er une voiture immo­bil­isée, allumant en moi une cer­taine méfi­ance parce que cette vision m’étonne, puis au pas­sage, j’entends «You want some food?» Et moi de répon­dre «Mmm yeeaah sure!» La dame, qui a déjà été bénév­ole pour l’évènement, con­nais­sait l’absence de ser­vice de cette sec­tion, et a décidé d’y venir quelques jours pour pré­par­er et ven­dre aux cyclistes affamé.e.s nour­ri­t­ure et bois­son. Wow! Pani­ni végé­tarien, ramen, coke, thé pour se réchauf­fer, re-pani­ni végétarien…même si elle le fai­sait au moins en par­tie par oppor­tu­nité d’affaires, leur présence était un réjouisse­ment inat­ten­du et je leur ai large­ment exprimé ma recon­nais­sance. Deux anges sur mon chemin, et beau­coup de calo­ries récon­for­t­antes. Après avoir passé au con­trôle frontal­ier chi­nois, je pour­suiv­is mon chemin sur une autoroute bien lisse le long de la fron­tière, étrangeté du par­cours, puis posai ma tente au milieu de nulle part au son des quelques camions de pas­sage, alors que mon esprit som­no­lent me sup­pli­ait d’arrêter pour repos­er ces jambes ne pro­duisant plus aucune puis­sance, vers prob­a­ble­ment 23h30. Étant à env­i­ron 3 000 mètres d’altitude, il fera large­ment sous zéro cette nuit-là, et je me réveillerai le lende­main avec le vis­age tout enflé (je vous épargne la pho­to), pour une rai­son qui demeur­era un mys­tère, puis je retrou­verai les chaus­settes mouil­lées que j’avais lais­sées dehors com­plète­ment gelées et dur­cies. Km par­cou­rus : 123. Dénivelé : 2 500 m.

Jour 8 L’œil de la tempête

144 km, prin­ci­pale­ment sur sur­face plate, mais avec beau­coup de wash­board. La cible du jour est l’atteinte du CP2, pour pren­dre un bon repas, puis repar­tir aus­sitôt pour rouler jusqu’en début de nuit, et créer le plus de dis­tance pos­si­ble avec le snail qui arrive à minu­it au CP. Je roule bien pour arriv­er en fin d’après-midi sur la seule bosse de la journée, tout près de ma 2e étampe de car­net de course. Mais le ciel s’obscurcit, gronde et men­ace der­rière. J’appuie forte­ment sur les pédales avec une énergie que je n’avais pas réus­si à déploy­er depuis longtemps. J’ai un peu une pho­bie d’être pris dans une tem­pête en pleine mon­tagne avec nulle part où m’abriter. Mal­gré mon respectable effort et que je sois à seule­ment 15 min­utes de mon but, la men­ace se matéri­alise et la foudre com­mence à s’abattre tout près. En fait je sens qu’elle se forme autour de moi, que je suis dans l’œil de la tem­pête, étant à une alti­tude de 3 500 mètres, bref, dans les nuages. Par instinct de survie, je décide de m’arrêter, de laiss­er mon vélo dans le fos­sé, et de me coller sur la paroi de mon­tagne vis-à-vis un léger promon­toire. J’enfile mes vête­ments imper­méables et me place en boule con­tre le rocher, comme si j’essayais de tromper cet œil ayant pou­voir de vie et de mort sur moi. Si la tech­nique est bonne pour les vach­es qui passent leurs étés sur ce ter­ri­toire, elle l’est pour moi! Le déluge s’en suiv­ra, et lorsque le ton­nerre cessera, je par­cour­rai les derniers quelques kilo­mètres me séparant de mon récon­for­t­ant refuge. Mal­heureuse­ment, toute cette eau a trans­for­mé le sen­tier en une mare de boue, celle qui colle comme du ciment à tout ce qui entre en con­tact avec elle. Donc elle a lit­térale­ment paralysé les pièces mobiles de mon vélo. Roues, chaîne, pédalier, freins, ne sont qu’amas brun col­lant et figé et m’obligent à ter­min­er à pied. Pieds qui eux aus­si pèsent une tonne par toute la boue qui y colle. Les regards en entrant dans la salle du con­trôle. J’étais le pre­mier à arriv­er après la tem­pête, donc trem­pé, tran­si de froid et entière­ment boueux, la réac­tion des gens me don­nait un peu l’impression d’arriver d’un autre monde. Mais je crois aus­si surtout que tout le monde présent réal­i­sait qu’il devait met­tre une croix sur leur plan que j’avais moi-même de repar­tir et rouler toute la soirée. Ça nous met­tait tous en sit­u­a­tion de devoir pass­er un long moment immo­bile dans l’espoir que la boue sèche un peu d’ici au lende­main, et nous devri­ons alors redou­bler d’efforts pour rat­trap­er le snail qui aura pris de l’avance durant la nuit. C’était un coup dur pour l’arrière du pelo­ton. Mais bon, comme la sit­u­a­tion s’imposait (à part pour l’énergumène Vadim qui déci­da de tout de même repren­dre la route), j’en ai prof­ité pour accom­plir toutes mes tâch­es, dont net­toy­er en pro­fondeur mon vélo dans une riv­ière, puis de dormir au chaud.

Jour 9 Boue, barbelés et route défoncée, le champ de bataille

Mal­heureuse­ment, il plut à nou­veau abon­dam­ment durant la nuit, et neigea en mon­tant légère­ment en hau­teur, là où je me dirigeais. Nous étions tous con­damnés à repren­dre la route dans des con­di­tions hor­ri­bles de boue, puis de neige pour les quelques temps où nous seri­ons le plus en alti­tude. La journée a com­mencé par la mon­tée vio­lente de la Old sovi­et road, une pente de seule­ment 1,6 km, mais avec une moyenne de 22 % selon mon gps, et près de 400 m. de dénivelé. Plusieurs sec­tions avoisi­nent les 30 %, donc avec un vélo de 60 livres à pouss­er, c’est un effort réel con­tre la grav­ité durant une bonne heure et demie. Ajoutant à cela la sur­face boueuse mélangée à de la neige mouil­lée, ce sont des sou­venirs garan­tis. Donc à peine de retour sur le champ de bataille à ten­ter de déploy­er nos meilleures inten­tions pour vain­cre cette sit­u­a­tion, nous voyons deux guer­ri­ers dans un piteux état redescen­dre la mon­strueuse côte, leur mon­ture embour­bée dans la boue comme moi la veille avec une crevai­son qu’ils n’arrivent pas à repér­er et répar­er. Lors de la tem­pête de la veille, ils étaient déjà là-haut et se sont réfugiés dans leur tente. Ils se sont réveil­lés dans un tapis de neige, puis plus loin la boue et les bar­belés les ont piégés (expli­ca­tions plus bas). Ils ren­dent les armes, et ce n’est rien pour nous met­tre en con­fi­ance pour la suite des choses. Mais résignés, nous pour­suiv­ons. Cette anci­enne «route» dont il ne reste aucune trace et qui a été entière­ment gag­née par la végé­ta­tion est d’une longueur totale d’une ving­taine de kilo­mètres et est plutôt nor­male­ment roulante, mis à part cette intro­duc­tion ver­ti­cale de 1,6 km, mais elle m’a pris 5 heures à franchir, devant marcher de longues sec­tions en grat­tant régulière­ment les roues de la boue col­lante pour éviter de con­t­a­min­er à nou­veau com­plète­ment les com­posantes comme la veille, et ren­dre le vélo inutil­is­able. Autre détail, ce chemin est encore parsemé de restant de bar­belés parce qu’il apparte­nait aux mil­i­taires russ­es, donc à part d’être vig­i­lant, il ne reste qu’à crois­er les doigts pour éviter les crevaisons. Je n’ai pas réus­si à m’en sauver, surtout que pour éviter le pire de la boue, je devais marcher/rouler légère­ment en dehors des traces prin­ci­pales. Mal­gré la boue, j’ai réus­si à répar­er le pneu pour lequel le scel­lant ne réus­sis­sait pas com­plète­ment à bouch­er le trou. Une plug et un peu de Krazy glue, préser­vant mon set­up tube­less, ont fait le tra­vail.

Après plus du dou­ble de temps nor­male­ment req­uis, je sors enfin de cet enfer en rejoignant une route longtemps espérée. Le plaisir de cette petite vic­toire et libéra­tion de la boue est de très courte durée. La route est dans un état pitoy­able, me sec­oue jusqu’aux organes, et m’empêche de gag­n­er une quel­conque vitesse de croisière. Le comble, chaque véhicule qui passe, ne daig­nant jamais ralen­tir, m’arrose d’eau bien brune et sale. Ce sera une journée inter­minable, privée de tout plaisir, et à oubli­er. J’en per­dais patience en cri­ant comme un fou après les voitures qui pas­sait trop près de moi sans aucun égard et m’arrosait pour une énième fois. Je ne voulais plus être là. Et cet enfer a duré 100 km avant de pou­voir finale­ment rejoin­dre un peu d’asphalte, puis la plus grosse ville du par­cours, Naryn, qui per­met plusieurs récon­forts. Telle­ment qu’on dit qu’elle est un piège. Plusieurs n’ont plus le courage de repar­tir au front après avoir retrou­vé la sécu­rité et les plaisirs de la moder­nité, d’autant plus que c’est l’endroit par­fait pour s’organiser un trans­port de retour. Arrêt pré­coce pour prof­iter de la ville et longue­ment méditer sur la suite, pour une deux­ième fois depuis le départ. Km par­cou­rus : 132.

Jour 10 J’arrête. Non je fonce, sans le sou. Ou la gastroparésie de saturation

Dégoûté de ma journée précé­dente et men­tale­ment fatigué, ma déci­sion était prise d’arrêter, pour une 2e fois, mais étant un expert de l’indécision, j’ai atten­du avant de prévenir l’organisation, juste au cas où. Et le manège interne du 5e jour s’est répété, mais plus rapi­de­ment et avec des émo­tions plus con­tenues. Je deviens un expert du proces­sus. Donc fort de mon expéri­ence de ter­giver­sa­teur, je flippe la sit­u­a­tion et retrou­ve ma moti­va­tion pour finale­ment repar­tir vers l’heure du dîn­er, non sans avoir lais­sé le snail pren­dre de l’avance. Mais le défi me stim­ule, et j’ai la con­vic­tion pro­fonde que je réus­sir­ai sans prob­lème à attein­dre le CP3 avant l’heure lim­ite du lende­main, 16h00. Objec­tif : 250 km en 29h, avec une mon­tée pro­gres­sive de 200 km atteignant 4 000 mètres, puis descente de 50 km. Alors 30 min­utes après avoir été scratcheur non offi­ciel pour une 2e fois, je repars gon­flé à bloc. Une fois au CP3, il ne resterait que 4 jours d’efforts, donc ça deve­nait une échelle de temps plus digestible cog­ni­tive­ment. Je réus­sis­sais à nou­veau à découper la suite par étape plutôt que de voir «la mon­tagne» (de mon­tagnes) devant moi. Tout rede­ve­nait pos­si­ble et je repre­nais espoir d’en voir le bout.

Je roule fort et réguli­er, et après quelques heures, j’ai un flash épeu­rant : je n’ai pas sou­venir d’avoir rangé l’enveloppe con­tenant tout mon argent (400$) et les 14 pré­cieux mes­sages que ma douce et mes proches m’avaient écrits (un à lire par jour, de l’or en barre). En panique, je vide tous mes sacs, sans trou­ver l’essentielle enveloppe. Sans argent, je ne pour­rai rien acheter pour me rav­i­tailler. Et les mes­sages me sem­blaient si pré­cieux. Il n’y a pas et n’aura pas de réseau cel­lu­laire pour un bon bout de temps donc je ne peux pas appel­er l’hôtel, et j’ai un vague sou­venir d’avoir pos­si­ble­ment glis­sé l’enveloppe sous mon mail­lot con­tre mon ven­tre alors que je descendais toutes mes choses de ma cham­bre vers le vélo. L’intention était de ne pas l’échapper et la ranger dans son sac une fois arrivé à l’extérieur au vélo. Mais je ne l’ai sem­ble-t-il pas fait, et lorsque j’ai ouvert plus tard mon mail­lot parce que j’avais chaud, l’enveloppe serait bête­ment par­tie au vent. C’est mon hypothèse la plus plau­si­ble. Je m’en veux. Cette sit­u­a­tion me détourne de ma con­cen­tra­tion qui me por­tait vers mon but, mais tout en essayant de réfléchir aux solu­tions (exclu­ant celle de refaire 100 km pour l’aller-retour à la ville), j’essaie de demeur­er posi­tif et focal­isé. Prob­a­ble­ment que la seule issue, et incer­taine, serait de dépen­dre d’autres concurrent.e.s ou de bénév­oles au CP3 pour me prêter de l’argent, mais ce sou­tien m’exclurait de fac­to du classe­ment si je réus­sis­sais à finir. J’essaie de me résign­er à cette idée et de demeur­er con­fi­ant que je pour­rai trou­ver des gens pour me dépan­ner.

Alors je pour­su­is ma route, mais je com­mence soudaine­ment à me sen­tir mal. Assez pour finale­ment devoir m’arrêter, me couch­er par terre et déjà éval­uer les options de ter­rain pour pos­er ma tente dans l’éventualité où je devrais être immo­bile durant un jour ou deux. Je venais de faire 90 km en 5 heures, une super pro­gres­sion vers mon objec­tif décrit plus haut. Mais je sais que je vais être malade, je suis nauséeux. J’essaie de dormir. Après peut-être 30–60 min­utes, un rare véhicule sur ce chemin de mon­tagne leur étant très hos­tile, une mini­van Sprint­er, passe, et je lui fais signe d’arrêter. Je n’ai aucune envie d’être malade en pleine mon­tagne, alors je fais instinc­tive­ment ce qui m’apparaît être le seul choix à faire, je leur demande de me ramen­er à Naryn, la ville, ce qu’ils acceptent, car c’est aus­si leur des­ti­na­tion. Coup de chance, je suis soulagé, même si ça sig­ni­fie que c’est la fin de ma course. Mais mon atten­tion est surtout tournée vers mon mal-être, donc j’y pense peu. Je rap­pelle que tous mes crédits Perte de temps étaient épuisés, et que je n’avais plus aucune marge de manœu­vre pour être malade, me repos­er, et repar­tir, comme certain.e.s le font courageuse­ment durant cette course.

Être dans un véhicule sur ce chemin donne l’impression d’être dans une machine à laver et exac­erbe mes nausées. Ce n’est pas très long avant que je saute en dehors du véhicule et que je vom­isse vio­lem­ment tout ce que mon corps con­te­nait. Je ne sais pas pourquoi, mais je sais pré­cisé­ment que ça a pris cinq spasmes d’expulsion pour vider le con­tenu de mon estom­ac. Désolé des détails. Le cou­ple de bons samar­i­tains sem­blait bien désolé, mais impuis­sant devant mon état. À mon dés­espoir, ils sont des marchands, donc arrê­tent partout en chemin où il y a trace d’humanité pour acheter des pro­duits fer­miers, donc le retour prend 5 heures. Le même temps que m’avait pris le par­cours inverse en vélo plus tôt dans la journée. Pénible.

J’étais cer­tain que c’était une intox­i­ca­tion ali­men­taire quel­conque qui m’avait mis dans cet état, mais après avoir fait des recherch­es, j’en suis venu à penser qu’il s’agissait plutôt d’un prob­lème clas­sique de l’ultra-endurance que je ne con­nais­sais pas, la gas­troparésie de sat­u­ra­tion. Je vous laisse creuser le sujet à votre guise, mais en bref, pour plusieurs raisons induites par ce sport, la vidan­ge de l’estomac cesse de fonc­tion­ner, et éventuelle­ment, en con­tin­u­ant à le rem­plir, il devient sat­uré au-delà d’un seuil cri­tique, donc le sys­tème nerveux déclenche un réflexe d’éjection immé­di­at et vio­lent. J’ai recom­mencé à pou­voir con­som­mer très légère­ment et pro­gres­sive­ment à par­tir du lende­main, puis j’ai organ­isé mon retour en taxi.

Fin.

Perdu en route 

Ma servi­ette, deux bidons, ma spork (une muta­tion spoon-fork), tem­po­raire­ment mon fil­tre à eau, 400$, mes ô com­bi­en pré­cieux 14 petits mes­sages (voir Jour 10), facile­ment 5 kilos de poids cor­porel, la sen­sa­tions de deux doigts de la main gauche (d’expérience, ça revient après quelques semaines).

Moment philosophique 

La per­sévérance. Qu’est-ce que c’est? Claire­ment, elle per­met de nous amen­er dans des zones que nous n’aurions jamais explorées. Elle nous per­met de sur­mon­ter des obsta­cles qui nous auraient autrement freinés. Elle nous attire le respect des autres parce qu’elle est perçue comme force et de courage. Mais peut-elle aus­si être la face bril­lante du côté som­bre d’être trop exigeant envers soi-même et de ne jamais vrai­ment être sat­is­fait de ce qu’on a accom­pli? Quand passe-t-elle de la qual­ité au défaut, à l’entêtement qui devient déraisonnable, quitte à com­pro­met­tre sa pro­pre sécu­rité? Je n’ai jamais eu la sen­sa­tion de franchir ce dernier pas, mais je sais per­tinem­ment que je traîne en par­tie le poids du défaut se cachant der­rière la qual­ité. En même temps, pour réus­sir un défi mon­strueux comme cette course, on ne peut pas se com­plaire devant les com­pli­ments de notre entourage proche qui nous cou­vrent rapi­de­ment de médailles du courage par leur bien­veil­lance. On pour­rait assez rapi­de­ment croire qu’on en a fait assez, qu’on peut être fier, qu’il n’y a pas de honte à arrêter. Ce qui est aus­si vrai, mais dans le cadre de référence du sport d’ultra-endurance, ce n’est sim­ple­ment pas suff­isant, et par­ti­c­ulière­ment pour cette course pour laque­lle prob­a­ble­ment l’écrasante majorité des fin­ish­ers a dure­ment lut­té avec le choix de con­tin­uer ou d’abandonner. Et celui de pour­suiv­re deman­dera fort prob­a­ble­ment à se faire vio­lence et fera écho à sa capac­ité à tolér­er l’inconfort, et dans cer­tains cas, la douleur. Mais atten­tion, évidem­ment, cet acharne­ment ne rime pas tou­jours avec vio­lence et pour­ra aus­si précéder plein de moments fan­tas­tiques, et même être témoin d’un regain de forme et d’énergie. Et c’est d’ailleurs un fonde­ment de ce sport, ne jamais oubli­er que «presque» tout état est tem­po­raire, celui de grâce, comme celui d’épuisement. Donc dans un creux, on se demande si toutes les solu­tions ont été ten­tées, et si on a été suff­isam­ment patient pour laiss­er émerg­er ce change­ment posi­tif. Dépass­er ses lim­ites, oui, mais à quel prix? La ligne est sou­vent floue et dif­fi­cile à trac­er. Alors? Être (per­sévérant) ou ne pas être?

En amont de la démon­stra­tion de per­sévérance reposent inévitable­ment nos moti­va­tions. Dans ce milieu, on entend beau­coup que pour aspir­er à réus­sir une telle épreuve, son «Why» doit être clair et fort. Donc les raisons qui me motivent à me pré­par­er, me présen­ter sur la ligne de départ, et m’accrocher doivent être bien ancrées en moi pour réus­sir à faire face à ces moments de doutes où nos meilleures inten­tions sont acculées au mur de la pen­sée gran­dis­sante de l’abandon face à l’adversité. Aban­don qui se traduit en fait sim­ple­ment par des «je ne veux plus, ou ne peux plus vivre ce qui est devenu une mis­ère», «ce n’est pas l’expérience que je recherche», «le coût est trop élevé». Pour la pre­mière fois depuis que je pra­tique le cyclisme de longue dis­tance, déjà au 5e jour, mon «Why» ini­tial ne suff­i­sait plus. Il ne fai­sait pas le poids devant celui de la bête qui au fil des jours s’était dressée devant moi, devant la per­spec­tive de la somme des incon­forts qui me restait à affron­ter pour espér­er franchir la ligne de la réus­site et du soulage­ment. À not­er dans ces mots qu’à ce stade, notre atten­tion n’est plus tournée vers les belles choses que nous fait vivre l’aventure, parce qu’elles sont sub­mergées par celles néga­tives, celles qui nous enfon­cent dans le gouf­fre du décourage­ment. Donc les raisons qui m’ont poussées à m’inscrire 9 mois aupar­a­vant, être au milieu de ces mag­nifiques mon­tagnes, de ces grands espaces qui me plon­gent dans des états de grâce et d’émerveillement, qui me font fan­tas­mer quand je me perds dans mes pen­sées à bord du train Mon­tréal-Mirabel, le fait d’être au bout du monde à vivre une expéri­ence unique et forte parce que mau­dit qu’la vie est courte et qu’il faut en profiter…ce n’était plus suff­isant pour me faire avancer. C’est comme ça que j’ai expéri­men­té le fait de devoir creuser plus loin pour me trou­ver des moti­va­tions plus fortes, de l’essence touchant à mon essence. Franche­ment, ce proces­sus a été, de façon com­plète­ment inat­ten­due, l’expérience la plus forte de toute mon aven­ture. Oui, chers lecteurs et lec­tri­ces, je vous con­firme qu’une dra­ma queen existe en moi, et qu’elle n’attendait que la fatigue pro­fonde me fasse baiss­er la garde pour s’emparer de mon corps. Cette longue réflex­ion, avec à la clé la déci­sion de pour­suiv­re ou non, s’est faite avec beau­coup d’émotions et de larmes. Je crois avoir com­pris, ou du moins cer­taine­ment goûté, à ce que cer­tains ath­lètes ver­balisent comme étant «creuser deep». Mais étant don­né que vous, mes 14 lecteurs et lec­tri­ces, habitez partout autour de l’Univers, ce qui fait de ce réc­it un suc­cès reten­tis­sant, je me vois un peu intimidé, donc cette essence pré­cieuse trou­vée au fond de mon âme, celle qui a su me faire per­sévér­er au-delà des doutes et des incon­forts, restera pour l’instant de l’ordre de mon petit jardin secret. Peut-être un jour, en intim­ité et de vive voix, je me dévoil­erai un peu plus à toi.

Mon équipement

Moment de gloire…la pub­li­ca­tion de mon set­up sur Bikepacking.com. J’ai immen­sé­ment réfléchi à mon équipement, et l’ai testé sur deux week­ends de 400 km en Outaouais et au Ver­mont, et je dois dire que je suis vrai­ment sat­is­fait du résul­tat. J’ai ten­té de trou­ver l’équilibre entre poids, per­for­mance, fonc­tion­nal­ité, sécu­rité, et con­fort. Le seul élé­ment que je recon­sid­ér­erais, en faveur du con­fort mais en défaveur du poids et de l’espace, serait d’amener un mini-brûleur pour bouil­lir de l’eau, et des repas lyophilisés. Je savais que la qual­ité des points de rav­i­taille­ments, majori­taire­ment des petits dépan­neurs épars sur le par­cours, serait un enjeu, mais j’ai sures­timé ma capac­ité à me nour­rir presque essen­tielle­ment de bar­res de choco­lat, de bis­cuits, fro­mage, pain sec et bois­sons sucrées. Donc une prochaine fois, je réfléchi­rais à échang­er, au moins en par­tie, le kilo de mal­todex­trine que j’ai amené en faveur des élé­ments nom­més plus haut, pour trou­ver un peu de récon­fort et d’énergie dans des ali­ments plus sains. Mon choix s’était expliqué par mon inten­tion de me présen­ter en mode course, donc de min­imi­sa­tion des temps d’arrêt. N’hésitez pas à me con­tac­ter si vous souhaitez dis­cuter de mon matériel, c’est une pas­sion!

Tiré de : Rigs of the 2026 Silk Road Moun­tain Race (Part One) – BIKEPACKING.com



Remerciements

Je tiens à soulign­er com­bi­en le sup­port des per­son­nes des dif­férents cer­cles autour de moi a été appré­cié et pré­cieux. J’ai été extrême­ment sur­pris de con­stater que plusieurs suiv­aient assidû­ment et même presque com­pul­sive­ment ma pro­gres­sion sur le par­cours. En l’espace de quelques jours, certain.e.s sont devenu.e.s expert.e.s du dot­watch­ing! Les mes­sages reçus à tra­vers divers­es plates-formes ont tous été lus et agis­saient cha­cun comme une petite barre d’énergie, mais avec un meilleur goût. J’aurais pu inté­gr­er au chapitre Moment philosophique une réflex­ion sur les raisons qui font que les encour­age­ments nous poussent à nous dépass­er et per­sévér­er, mais leur effet est cer­tain. Et peut-être que dans notre quête de don­ner un sens à ce qu’on fait, il existe un petit espoir qu’en essayant de démon­tr­er un exem­ple d’audace ou de per­sévérance, on pour­ra peut-être encour­ager une per­son­ne ou une autre à se per­me­t­tre de faire un pas de plus dans une direc­tion qu’elle souhaitait pren­dre ou trou­vait dif­fi­cile à affron­ter. Bon, je ne pré­tendrai cer­taine­ment pas que mon aven­ture puisse être une inspi­ra­tion pour per­son­ne, mais qui sait, si elle avait con­tribué à vous don­ner un petit élan pour quoi que ce soit, vous me le partagerez, et ce sera ma récom­pense, faute d’avoir vécu celle de franchir le fil d’arrivée.

Épilogue

Rien de com­pliqué ici. Au-delà de la décep­tion de ne pas avoir ter­miné et du gros doute que j’aurais envie de répéter l’expérience, je ne peux qu’être heureux d’avoir pu par­ticiper à un tel évène­ment. Je recon­nais la chance que j’ai, pour dif­férentes raisons, d’avoir le luxe de me per­me­t­tre de vivre quelque chose comme ça. À la fois, même si c’est la ouate dans laque­lle je vis qui rend l’ouverture de telles portes pos­si­ble, je me donne tout le même le «courage», non pas d’avoir affron­té ce par­cours mon­strueux, mais de m’être per­mis de pren­dre le risque de vivre quelque chose d’un peu fou. Parce que c’est facile de con­tem­pler les pos­si­bles, mais c’est autre chose de les matéri­alis­er, surtout quand le chemin est long et exigeant. Et le par­cours pour se ren­dre à la ligne de départ a été une aven­ture en soi, un engage­ment qui a occupé mes temps libres de façon pos­i­tive, et qui m’a main­tenu sur une voie de pren­dre soin de ma san­té. Je me répète sans cesse, avec un peu d’effroi d’ailleurs, que la vie est courte, et que je ne veux pas avoir de regrets d’être passé à côté. Bref, à tra­vers les hauts et le bas de ce voy­age, puis ici son réc­it, c’est pour moi la chose essen­tielle à retenir et pour laque­lle je retire le plus de fierté : je me suis don­né les moyens de vivre un rêve.

À une prochaine aven­ture… sûre­ment moins imposante,

Mar­tin Hotte, cap #78

Pour des pho­tos incroy­ables : https://www.instagram.com/silkroadmountainrace/

Le par­cours : Silk Road Moun­tain Race 2026 FINAL · Ride with GPS

Le classe­ment : Silk Road Moun­tain Race 2026 — MAProgress

Le decrip­tion des vélos: Rigs of the 2026 Silk Road Moun­tain Race (Part One) – BIKEPACKING.com

Rigs of the 2026 Silk Road Moun­tain Race (Part Two) – BIKEPACKING.com