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Elles et ils auront été au nombre de vingt-huit cette saison et sept d’entre eux auront attendu à la cinquième reprise avant de le cocher à leur palmarès.
Je parle du brevet de longue durée de 600km du CVRQ évidemment ! À cette cinquième édition de la distance inscrite à notre calendrier, ce 22 août 2026, ils furent jusqu’à treize à s’inscrire et c’est finalement neuf d’entre eux qui se présentèrent en cette fin de nuit, peu avant cinq heures du matin à Lévis (Saint-Nicolas).
Je faisais partie des sept qui n’avaient pas encore franchi cette distance cette année et ce 22 août constituait la dernière occasion de le faire. Ce n’est pas ainsi que j’avais pensé la chose : me présenter au dernier brevet, c’était courir le risque de devoir pédaler dans des conditions météo adverses et la poule mouillée que je suis le redoutait. Mais je ne pus participer aux quatre éditions qui précédèrent alors je n’eus pas le choix de me pointer ce jour-là.
C’est donc vers quatre heures et quart que je m’élançai pour parcourir les 13km vers le lieu de départ désigné sur la rive-sud. Une fois les carnets de route distribués à mes compagnons, je fis un rapide sondage : qui entendait dormir à Trois-Pistoles, à Rivière-du-Loup, à ne pas dormir du tout ? Plusieurs mains se levèrent à la mention de cette dernière alternative : diable, ils ont faim ces cyclos ! Quant à moi, après moultes tergiversations, j’avais opté prudemment pour un dodo dans un motel sis dans la ville où nous devions rebrousser chemin, les deux Nicolas et Étienne ayant fait le même choix.
Dans Saint-Romuald endormi, le peloton éclata puis sur le chemin des Îles je me trouvai à l’avant avec Nicolas T. et Étienne. Sur le chemin, Nicolas T. s’enquit de l’heure à laquelle je planifiais arriver à Trois-Pistoles : « vingt heures ? ». Euh non Nicolas, je ne suis pas ambitieux à ce point et espère y être quelque part entre vingt-deux heures et minuit… Arrivé à Saint-Anselme alors que nous roulions depuis un bout sur cette jolie piste cyclable, alors sur le pilotage automatique, je négligeai les instructions de navigation de mon Garmin et entraînai mes compagnons sur une fausse route qui nous rallongea de cinq kilomètres et c’est finalement sur la route de Sainte-Hénédine que nous reprîmes le droit chemin. Ayant retrouvé la rivière Etchemin, mes frères de brevet se détachèrent à l’avant et je les laissai filer : pas question de pousser trop fort pour moi et puis, ils étaient franchement une coche au-dessus !
J’arrivai sur leurs talons au premier point de contrôle de Saint-Damien-de-Buckland. On y retrouva Daniel et Martin qui nous avaient dépassés à la faveur de notre détour précédent. Peu de temps après, le reste de la bande emmené par « Michel J.-le-touriste » se présenta. Je pus alors prendre en photo les deux groupes de randonneurs, ce que j’avais négligé de faire lors du départ.

Je dis au revoir à Michel J., Nicolas F., Ralph et Michel L. et m’élançai à la suite du quatuor de tête parti l’un après l’autre quelques minutes auparavant. Si je crus entrevoir Daniel-au-maillot-jaune devant aux environs d’Armagh sur la 281, je le perdis de vue rapidement mais peu après rattrapai et dépassai Martin (du groupe déclaré des insomniaques). Virage à droite sur le rang du Sault au kilomètre 132 : comme annoncé, j’y rencontrai un petit vent de face et la perspective d’avoir Éole dans le nez pour plus de 200 bornes ne m’encouragea guère. C’est que je commençais à fatiguer un brin.
Je remontai cette route que je parcourus en sens inverse lors d’un brevet précédent puis, passé Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud ce fut la découverte de nouveaux chemins jamais empruntés. Je m’arrêtai quelques kilomètres plus loin pour souffler et Martin me rejoignit. Reprenant la route je le laissai derrière pour ne plus le revoir à la suite. C’est peu avant Saint-Aubert et le second point de contrôle du brevet que revis mes trois lascars dans une forte pente au sommet de laquelle on fit jonction pour peu de temps après faire signer notre carnet et s’asseoir sur le bitume pour se sustenter à l’ombre.
Je repartis le dernier et eut Étienne en point de mire un temps mais le zigue roulait vite. C’est plus tard à La Pocatière que, à la faveur d’un arrêt de l’un ou l’autre, nos chemins se croisèrent à nouveau. Par après, je me retrouvai seul avec mes trois compères quelque part devant. On approchait des 250km parcourus et il y a un bout que je faisais un peu d’arithmétique dans ma tête en calculant la distance à rouler vers tel ou tel village. J’avais bien noté sur le profil de la randonnée qu’il y avait une bonne bosse à Saint-Pascal et j’appréhendais les efforts à y fournir. Pause inattendue à Saint-Philippe-de-Néri où mes camarades avaient décidé de s’arrêter et que je rejoignis alors. À la suite, on roula ensemble un bon bout, y compris dans la bosse de Saint-Pascal puis vers Saint-Joseph-de-Kamouraska, mais l’allure du peloton était trop véloce à mon goût et je les laissai de nouveau prendre le large. Je retrouvai Étienne peu après à Saint- Alexandre-de-Kamouraska et on pédala ensemble jusqu’à rejoindre le dépanneur de Rivière-du-Loup constituant le troisième point de contrôle de ce brevet. Sur le chemin, on s’extasia sur cette belle lumière orangée de la fin d’après-midi d’août !
Atmosphère urbaine lors de cette pause : nous étions en ville et un bar devant diffusait quelque musique ultra commerciale (« ça devrait être interdit » mentionna Étienne à l’écoute d’une reprise plutôt nulle de « With or without you ») alors que le jour diminuait. Justement, cela ne plaisait pas à Nicolas T. qui craignait de rouler à la noirceur alors il nous quitta rapidement et, selon ses mots, « clencha » en direction de Trois-Pistoles. Bien qu’il avoua préférer rouler en groupe à la nuit tombée, Daniel nous trouva moi et Étienne un peu trop longs à nous mouvoir et se mit également en route peu après. À mon habitude, je quittai le dernier vers 19h40.
Le vent était finalement tombé et c’est de bonne humeur que j’entamai cette dernière section de cette première journée de vélo, m’arrêtant brièvement pour croquer le ciel éclairé par les derniers rayons du soleil. Les choses se gâtèrent toutefois quelques hectomètres plus loin : crevaison ! Je pus toutefois réparer sous la lumière de veilleuses d’une résidence et pris grand soin de ne pas pincer la chambre à air neuve que j’insérai entre jante et pneu. La nuit était tout à fait tombée lorsque je repris la route vers l’Îsle-Verte (très joli village). Entre ce lieu et Trois-Pistoles, je crois que je ne croisai pas plus de trois ou quatre voitures sur les quelques 30 km restants !
Dans cette contrée désormais plongée dans le noir, je remarquai à au moins deux reprises de vastes étables éclairées comme un aréna cependant que quelques tracteurs sillonnaient encore les champs tous feux allumés. Il y a un bout que je n’avais pas roulé dans une telle obscurité et, si le feu blanc fixé à mon guidon éclairait bien la route devant, l’espace sous moi demeurait noir et j’eus quelque peine à replacer dans son porte-gourde la bouteille que je saisissais régulièrement pour m’hydrater, tant et si bien que je l’échappai alors que je venais de m’engager sur cette petite voie cyclable qui allait me conduire de l’autre côté de la rivière Trois-Pistoles. Je fis alors une brève pause-pipi et, le nez en l’air, reconnus le ciel nocturne d’août, incluant la Grande-Ourse, Arcturus et Cassiopée.
Une fois la rivière Trois-Pistoles franchie, je rejoignis une route mal pavée où je savais devoir tourner à droite et gravir une bonne montée. C’est alors que je vis un phare blanc la descendre : je revis alors un Étienne hagard qui m’apprit avoir pris le fossé et en être sorti quelque peu groggy. Mon compagnon de route en avait un peu sa claque et avait bien hâte de rejoindre son motel ! Je le remis sur le droit chemin et le fis remonter la côte à ma suite pour parcourir ces derniers kilomètres avant cette descente en trombe vers Trois-Pistoles et son air marin. On passa devant le dépanneur marquant le quatrième point de contrôle, maintenant fermé, et on nota mentalement l’heure de notre passage (22h38) avant de se séparer et gagner nos motels respectifs. Passablement refroidi et vanné, je conclus ce samedi par un bon bain chaud avant de me mettre au lit.
Ces longues journées en selle nous font passer par divers états d’esprit. Lors d’un « creux », j’avoue que la perspective de laisser ma monture en dépôt à Trois-Pistoles et rentrer en autocar me traversa l’esprit ! Mais si une pause de cinq minutes est salutaire pour le corps, une de cinq ou six heures a le don de vous requinquer pour une nouvelle séance sur deux roues !
(nous avions avec Nicolas T. et Étienne plus ou moins convenu de se retrouver dimanche et rouler ensemble mais j’appris le lendemain que, ne pouvant trouver le sommeil, Étienne a quitté son motel dès deux heures du matin pour regagner dare dare Lévis où il arriva un peu passé midi)
En ce qui me concerne, je dormis peu et me levai vers 4h15. Une fois restauré (cuisine bien garnie au motel !), je repris la route vers 5h35. Le plan discuté avec Nicolas T. consistait d’abord à se rendre à Rivière-du-Loup pour y déjeuner dans cet établissement connu notamment pour ses beignes. Ces 50 premiers kilomètres parcourus en solitaire (Nicolas avait quitté un peu avant moi) furent très agréables. Incidemment, Mère-Nature fut du bord des randonneurs ce dimanche-là en nous gratifiant d’un ciel nuageux, d’un temps frais et surtout d’un petit nordet qui allait nous pousser vaillamment toute la journée. Mon sac de selle était plein car j’avais anticipé rouler sous la pluie ce dimanche mais je ne connus qu’une toute petite ondée aux environs de Cacouna.
Je retrouvai comme prévu Nicolas T. au lieu de rendez-vous à Rivière-du-Loup. Une abonnée du lieu tenta bien de m’empêcher de laisser ma monture dans le vestibule de l’endroit mais je l’ignorai. Après quelque temps d’attente en ce lieu plutôt fréquenté et après avoir avalé un sandwich et bu un café, on fit un petit arrêt à un dépanneur pour garnir notre besace puis on franchit à nouveau la 20 pour s’élancer direction Lévis !
Le tout commença par une descente et, bien en jambes, je pris la tête et roulai à une bonne allure. Quelques bornes plus loin, regardant derrière, je ne vis point Nicolas T. ! Holà, que lui était-il arrivé ? Je lui envoyai un texto pour m’en enquérir et je poursuivis à allure réduite. Plus tard, il me répondit qu’il avait fait une crevaison et qu’il avait du mal à la réparer. Pas particulièrement chevaleresque, je continuai ma route tout en arrêtant quelques fois pour prendre de ses nouvelles. Après un arrêt à Saint-André, c’est finalement à Kamouraska que je m’arrêtai définitivement pour l’attendre. Ce faisant, je saluai un félin sympathique résidant là et commandai un grilled cheese à un sympathique café. Arrivé peu après, Nicolas T. déplora une nouvelle crevaison. Je lui prêtai ma pompe, plus puissante que la sienne et il jura de ne plus faire confiance aux chambres à air en plastique !

Une fois réunis, on ne se quitta plus de la journée, savourant cette magnifique contrée le long du Saint-Laurent (c’est la particularité de cet itinéraire de rouler à l’intérieur des terres à l’aller pour longer le grand fleuve au retour) et causant de tout et de rien (mais surtout de vélo !). On fit quelques arrêts à La Pocatière et Montmagny (points de contrôle six et sept), de même à Saint-Jean-Port-Joli, Cap-Saint-Ignace et Saint-Michel-de-Bellechasse. Nicolas T. fut chic de ne pas prendre la poudre d’escampette (ce qu’il eut pu faire aisément) et me tenir compagnie lors de cette dernière partie du brevet, alors que dos et popotin me tourmentaient de plus en plus.
On pointa finalement à cet ultime dépanneur de Lévis vers 17h30 en se disant que, à bien y penser, peut-être que le Paris-Brest-Paris n’était pas pour nous ! In fine, huit des neuf randonneurs complétèrent ce brevet (Ralph rebroussa chemin à Rivière-du-Loup, parcourant quand même plus de 500km). De ces huit, quatre (Étienne, Marc, Nicolas F., Nicolas T.) dormirent (ou tentèrent de dormir) à Trois-Pistoles, un le fit à Rivière-du-Loup (Michel J., rééditant sa stratégie de l’an dernier) et trois (Daniel, Martin, Michel L.) roulèrent sans dormir.
Chapeau à tous !